Aller au contenu principal
Toute l'actualité
justicevia France Info··9 min de lecture

RECIT. "Le suicide n'est pas crédible" : les mystères de l'affaire Robert Boulin, le ministre retrouvé mort "noyé" dans 50 centimètres d'eau

Personnalités citées :Robert BoulinFabienne Boulin-BurgeatValéry Giscard d'EstaingRaymond BarreDidier SebanMaxime DelsolEmmanuel Macron
PartagerXLinkedInWhatsAppEmail

Le contexte

Robert Boulin, ancien ministre du Travail sous Valéry Giscard d'Estaing, a été retrouvé mort en 1979 dans des circonstances mystérieuses. La thèse officielle du suicide par noyade a toujours été contestée par sa famille, qui évoque un possible homicide. L'affaire a été relancée récemment avec le transfert du dossier au pôle 'cold cases' de Nanterre.

Ce qu'il faut retenir

Fabienne Boulin-Burgeat, la fille de Robert Boulin, conteste la thèse du suicide et espère obtenir des réponses grâce à la réouverture de l'enquête. Des incohérences dans l'enquête initiale, comme des blessures sur le corps et des témoignages contradictoires, alimentent les doutes sur les circonstances de la mort. La famille demande une nouvelle autopsie pour éclaircir les causes de la mort, qui restent floues après 47 ans.

Ce que ça change

La réouverture de l'enquête pourrait permettre de faire la lumière sur une affaire qui reste emblématique des dysfonctionnements judiciaires en France. Cela soulève également des questions sur la transparence des enquêtes concernant des personnalités politiques et la nécessité de déclassifier des archives pour comprendre les événements de l'époque.

L'article complet

Source originale sur francetvinfo.fr

Fabienne Boulin-Burgeat, fille de l'ancien ministre gaulliste, n'a jamais cru à la thèse officielle du suicide. Grâce à de nouveaux témoignages troublants, elle a obtenu le transfert du dossier au pôle "cold cases" de Nanterre, avec l'espoir d'obtenir enfin des réponses sur les dernières heures de son père, en 1979.

Elle parle de la démarche de la dernière chance. "Vu mon âge, il faut y aller vite pour qu'enfin on puisse faire notre deuil" , souffle Fabienne Boulin-Burgeat. La fille de Robert Boulin , 74 ans, se réjouit de l'arrivée du dossier sur la mort de son père au pôle "cold cases" de Nanterre, confirmée par le parquet , vendredi 12 juin. Elle espère désormais que la lumière sera faite sur cette affaire emblématique , avant le 50e anniversaire de la mort de l'ancien ministre. "Si la justice travaille correctement, on peut peut-être connaître la vérité dans 18 mois" , espère-t-elle.

Le ministre du Travail de Valéry Giscard d'Estaing a été retrouvé le 30 octobre 1979 immergé dans l'étang Rompu de la forêt de Rambouillet (Yvelines), alors qu'il menaçait de révéler des affaires. A l'époque, l'enquête de police conclut "à un suicide par noyade, précédé d'une forte absorption de Valium" , selon les mots du dossier. Pour la justice française, cela reste la thèse officielle, 47 ans après les faits. La famille ne s'y résout pas. "Le crime a été maquillé en suicide" , répète la fille de l'ancien ministre gaulliste. "C'est un vrai polar, une catastrophe judiciaire à tout point de vue." Elle mise désormais sur les magistrats de Nanterre pour obtenir des réponses.

L'histoire débute le lundi 29 octobre 1979. Robert Boulin quitte son bureau dans l'après-midi, après avoir rencontré le député Gaston Flosse. Il a "l'air de tout, sauf d'un homme qui [va] se suicider" , assure lors de son audition l'ancien président de la Polynésie. Le gaulliste, ancien résistant, sort des dossiers de son coffre-fort, puis retourne à son appartement de Neuilly (Hauts-de-Seine).

Il donne congé à son chauffeur et prend seul la direction de Montfort-l'Amaury. Un habitant de cette commune des Yvelines raconte qu'il a aperçu Robert Boulin dans sa voiture, accompagné de deux hommes. "Mon père ne conduisait pas, c'était un homme plus jeune au volant et un autre était derrière" , précise Fabienne Boulin-Burgeat. A partir de là, son père est porté disparu.

Le mardi à 8h40, selon la thèse officielle, une brigade motocycliste des Yvelines découvre un homme dans l'étang Rompu, en forêt de Rambouillet. Le corps est à genoux, le dos tourné vers le ciel, selon le rapport. Le cadavre stagne dans 50 centimètres d'eau. Les secours remontent le corps du ministre sur l'herbe. A quelques mètres de là, la voiture de celui qui est aussi maire de Libourne (Gironde) est verrouillée. Sur le tableau de bord, un papier bristol à l'en-tête du ministère du Travail avec quelques mots adressés à sa famille : "Embrassez éperduement [avec cette faute d'orthographe] ma femme, le seul grand amour de ma vie. Courage pour les enfants. Boby."

Mais la famille de Robert Boulin assure que le corps a été découvert bien avant l'aube. Plusieurs personnes, dont l'ancien Premier ministre Raymond Barre, racontent avoir été informées au milieu de la nuit. Claude Guéant, à l'époque conseiller technique au ministère de l'Intérieur, "reconnaît, lors de son audition, que le ministre [Christian Bonnet] était au courant à 3 heures du matin" , rappelle Fabienne Boulin-Burgeat.

Que s'est-il passé pendant cette ellipse de quelques heures ? "Ma conviction, c'est qu'il y a certainement deux équipes qui sont intervenues, une première pour tuer Robert Boulin et une deuxième pour faire disparaître un certain nombre de preuves et organiser le maquillage en suicide" , a avancé Didier Seban, l'avocat de la fille du ministre, lors d'une conférence de presse organisée le 21 avril.

Au fil des années, la famille récolte un très lourd dossier rempli par toutes les incohérences de l'enquête. Il apparaît vite que la première autopsie est bâclée. Les légistes ne réalisent pas l'examen du crâne qui aurait pu permettre de déceler la trace de coups, officiellement sur demande de la famille, ce que dément Fabienne Boulin-Burgeat. Le corps du ministre subit par ailleurs des soins d'embaumement, sans accord de ses proches, ce qui prive la justice de renseignements précieux.

Le rapport d'autopsie de 1979 souligne tout de même que les lividités cadavériques, ces taches sur la peau créées par le déplacement du sang, "siègent au niveau de la face postérieure du corps" , autrement dit sur le dos et non sur le ventre. "Cela veut dire que la mort a eu lieu à un autre endroit et que le corps a été déplacé" , estime le médecin légiste Michel Sapanet dans l'émission "Envoyé spécial" . Les partisans de la thèse du suicide évoquent un animal ayant pu retourner le corps. Une "tentative pathétique d'explication" , estime Fabienne Boulin-Burgeat.

En 1983, la famille obtient une nouvelle autopsie après avoir porté plainte contre X pour "homicide volontaire". L'entourage du ministre s'est forgé une conviction après la découverte en 1981 des photographies du visage de Robert Boulin prises par la police scientifique. "Quand on a vu ces photos, l'évidence, qu'on a voulu nous cacher, est remontée au grand jour. Ce visage de boxeur, ces hématomes…", confie Fabienne Boulin-Burgeat. "Le sang sur le visage, ce n'est sûrement pas parce qu'on a cogné son corps contre une pierre en sortant d'un étang où il n'y avait que de la vase" , appuie Didier Seban.

"Dans l'enquête préliminaire, on voit bien qu'il y a des mensonges, des manques très importants."

La seconde autopsie révèle plusieurs fractures sur le visage de l'ancien résistant, mais ne permet toujours pas d'être formel sur les causes de la mort. D'autant que certaines preuves, comme des échantillons de sang ou les poumons, ont disparu. La famille demande donc aux juges de Nanterre de procéder à une nouvelle autopsie.

"Ce n'est pas possible, 47 ans après, qu'il y ait encore un doute sur le fait qu'il se soit noyé ou pas" , alerte Didier Seban. L'avocat estime qu'il est encore possible de chercher la présence des diatomées dans les ossements, ces petites algues qui permettent de confirmer ou non la mort par noyade.

Les ratés de l'enquête ne vont pas convaincre la justice, qui rend un premier non-lieu en 1991 concernant la plainte de la famille pour homicide. La décision est confirmée en appel en 1992, par la cour d'appel puis par la Cour de cassation la même année. La justice reste attachée à la thèse du suicide en s'appuyant notamment sur les témoignages de Maxime Delsol, ancien garde du corps de Robert Boulin, et de Patrice Blank, conseiller presse, qui évoquent un ministre "très déprimé" dans les jours qui précèdent sa mort. "La thèse de l'assassinat politique est une construction intellectuelle. Elle se nourrit, certes, des insuffisances et des incohérences de l'enquête" , réaffirme Maxime Delsol au journal Sud Ouest en 2010.

La déprime du ministre de Raymond Barre s'expliquerait, selon lui, par l'affaire dite de Ramatuelle. Il est reproché au maire de Libourne d'avoir acheté en 1974 un terrain dans le Var à un escroc, Henri Tournet, alors même qu'une parcelle de ce terrain avait déjà été vendu à des promoteurs normands. La justice conclut en 1980 que l'acte de vente "constitue à la charge de Robert Boulin et de Tournet une imposture commune qui fera de la simple simulation de vente entre ces deux personnes un faux en écritures publiques".

"J'ai, personnellement, toujours eu la conviction que Robert Boulin, face à la progression de l'enquête, a mis fin à ses jours, comme il l'annonce dans ses courriers posthumes" , écrit dans ses mémoires le juge Renaud Van Ruymbeke , qui a instruit le dossier. Dans la semaine qui suit le 30 octobre, neuf lettres postées le même jour arrivent au siège de plusieurs médias, chez des conseillers et des amis du ministre. Le courrier commence par une simple phrase – "J'ai décidé de mettre fin à mes jours" – et se poursuit par une longue défense concernant l'affaire de Ramatuelle. "Je préfère la mort à la suspiçion [avec, là encore, une faute d'orthographe] , encore que la vérité soit claire" , conclut la missive.

"Les lettres sont là, c'est lui qui les a tapées, sur sa machine, il n'y a pas d'erreur" , martèle Maxime Delsol auprès de L'Express en 2014. Mais Fabienne Boulin-Burgeat dénonce une manipulation. "Ce n'est pas grand-chose pour les services secrets, c'est même rien du tout, affirmait-elle à franceinfo en 2019. Il y a bien l'ADN de mon père sur les enveloppes, mais pas sur les lettres. Depuis le début, on dit que l'intérieur de ce courrier a été changé." La secrétaire de Robert Boulin s'étonne de son côté que cette lettre de quatre pages soit tapée sur un vieux papier à lettre du ministère, et estime que l'écriture de Robert Boulin est "facile à imiter" . La famille demande d'ailleurs à la justice d'entendre à nouveau les secrétaires du ministre.

Aujourd'hui encore, la fille de Robert Boulin reste persuadée que l'affaire de Ramatuelle a été instrumentalisée par certains cadres du RPR, le principal parti de droite de l'époque. "Mon père était quelqu'un qui gênait" , estime-t-elle, rappelant qu'il était pressenti pour devenir Premier ministre. "Il nous avait dit qu'il rendrait coup pour coup, qu'il avait des dossiers et qu'il ne se laisserait pas faire." Invité au club de la presse d'Europe 1 , le 21 octobre 1979, le ministre du Travail se serait mis en danger, en contre-attaquant face à l'affaire de Ramatuelle. "J'ai l'âme et la conscience tranquille et j'ai été exemplaire. Et peut-être plus que vous ne le pensez, parce qu'il y a des choses que je ne peux pas dire ici."

Derrière la thèse de l'assassinat politique, il y a l'ombre du SAC, le Service d'action civique , une sorte de police parallèle issue du mouvement gaulliste. Plusieurs témoins proches du milieu du banditisme ont accrédité ces dernières années le scénario du règlement de comptes. Par exemple, Elio Darmon, mort début avril , a raconté à la justice qu'il avait entendu des membres du SAC expliquer avoir tabassé Robert Boulin, qui aurait fait un arrêt cardiaque. L'ancien braqueur Jean-Louis Rizza assure de son côté qu'on lui aurait proposé de menacer le ministre.

"Il y a un certain nombre de témoins qui doivent encore être interrogés , estime Didier Seban. Et peut-être qu'avec la relance de l'affaire, un certain nombre de gens auront des choses à dire." Mais le temps presse, alerte l'avocat. "On est dans une course-poursuite pour résoudre l'affaire Boulin, parce que les derniers témoins meurent." La famille lance également un appel à Emmanuel Macron pour déclassifier les archives de l'Etat, avec l'espoir de faire enfin toute la lumière sur l'affaire Boulin.

La Patrouille de France vole avec les Thunderbirds aux Etats-Unis

Plantes sauvages comestibles : règles et conseils d'un botaniste

Le public prend possession du circuit des 24 Heures du Mans

"L'humilité c'est très important pour avancer" : César Troisgros, le cuisinier de l'année 2026, revient sur son héritage familial

Bébé tué en Cisjordanie : une ONG israélienne contredit la version officielle

"Zoos humains" : des dépouilles d’Amérindiens bientôt rendues à la Guyane

Leurs correspondants sont en maison de retraite

Mise en examen, accusations, contrôle judiciaire... Le point sur l'affaire Patrick Bruel

Les obsèques de Bernadette Chirac, ancienne première dame

Les obsèques de Lyhanna ont eu lieu à Fleurance dans le Gers

Des manifestations prévues dans toute la France après les obsèques de Lyhanna

Coupe du monde 2026 : des billets toujours invendus et des sièges vides

Scènes de fêtes au Mexique pour l’ouverture du Mondial

Affaire Patrick Bruel : les fans en plein doute

Pourquoi aime-t-on davantage le sucre en vieillissant ?

Appel à témoins à Lens : une lettre qui inquiète les parents d'élèves

La plainte pour le viol de leur enfant de 4 ans n’a jamais été examinée

C…

Texte extrait depuis l'article original sur francetvinfo.fr. Civiqo agrège les flux RSS publics des grands médias FR sans copier ni stocker leurs contenus payants — chaque article reste hébergé chez son éditeur. Lire sur francetvinfo.fr.

Newsletter quotidienne · gratuite · sans pub

Le brief politique du matin

L'actu politique française en 3 min, sans pub ni bullshit. Vulgarisations sourcées, articles agrégés des 35 grands médias FR — chaque matin à 7h.

  • Lois du jour vulgarisées (contexte, à retenir, ce que ça change)
  • 5 articles politiques marquants, sourcés
  • Aucune pub, aucune revente, désinscription en 1 clic
Fréquence

Sans publicité. Sans revente. Désinscription en 1 clic.

Le résumé semble incorrect ou orienté ? Signalez-le via le formulaire de contact — Civiqo applique une politique de neutralité stricte : nos règles éditoriales bannissent tout vocabulaire évaluatif et toute affirmation non sourcée.