L'ancienne ministre de la Transition écologique revient, mercredi 27 mai dans "Tout est politique", sur les critiques envers le gouvernement sur la gestion de la crise climatique, notamment la rénovation énergétique des établissements scolaires, en cette période de fortes chaleurs.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Sonia Chironi : Des journalistes se retrouvent insultés, menacés, parfois même, sur les réseaux sociaux parce qu'ils sont accusés de dramatiser la situation juste en diffusant les alertes météo. Qu'est-ce que ça dit selon vous de cette époque ?
Agnès Pannier-Runacher : La progression d'un discours populiste en France, ce n'est pas propre à la France. On l'entend évidemment aux États-Unis. La France est beaucoup moins climatosceptique que les États-Unis. Mais néanmoins, c'est très grave de voir ces bulles, notamment sur les réseaux sociaux, de gens qui racontent n'importe quoi, et qui attaquent de manière très agressive, les scientifiques, les météorologistes. J'ai eu ce problème-là, parce que quand j'étais en charge de l'écologie, on avait des prévisionnistes de chez Météo-France qui étaient attaqués sur les réseaux sociaux, alors qu'ils essayaient tout simplement d'expliquer, de vulgariser la situation, d'expliquer qu'est-ce que le dérèglement climatique, quel est le phénomène qu'on traversait au moment où on le traversait. Souvent, évidemment, des phénomènes extrêmes, soit des inondations, soit des chaleurs extrêmes, soit des sécheresses. Et, ça doit surtout ne pas nous faire détourner les yeux de la réalité. Donc, évidemment, j'apporte tout mon soutien aux météorologues, à la fois journalistes et ceux qui sont chez Météo-France. Mais surtout, il faut maintenant regarder comment on prend en main ce dérèglement climatique, sans tomber dans la panique, sans tomber non plus dans la fin du monde, parce qu'on trouve un peu les deux choses, c'est-à-dire à la fois on n'a rien fait, on ne sait pas comment faire, ou à la fois vous exagérez. La réalité, c'est qu'il faut avancer et on a un plan d'adaptation au changement climatique qui existe, donc il faut le dérouler.
Commençons par cet épisode qui est qualifié d'inédit, d'historique. Les experts n'ont pas de mots assez forts pour dire le caractère exceptionnel de cet épisode de chaleur. Est-ce que le gouvernement a mal anticipé ? C'est l'accusation politique qui est portée.
Là, on est en train de mettre sur le compte du gouvernement, quand il fait chaud, et quand il fait froid. C'est un petit peu ridicule. Ce que le gouvernement a dit de manière très nette, et je l'ai fait quand j'étais ministre, et mes successeurs le font de la même manière, c'est que nous allons affronter des épisodes climatiques qui vont devenir plus extrêmes. Il y aura des vagues de froid, des vagues de chaud, des vagues de sécheresse, des vagues d'inondations. Ça, c'est parfaitement dit et explicité. La deuxième chose, c'est : qu'est-ce qu'on fait face à ces événements climatiques extrêmes ? On fait deux choses. La première chose, c'est qu'on essaye de traiter le mal à la racine, c'est-à-dire de baisser nos émissions de gaz à effet de serre. On le fait au niveau français, parce que j'ai vu des critiques des écologistes. On a fait des baisses des émissions de gaz à effet de serre quatre fois plus rapides ces dernières années que le quinquennat Hollande, donc qu'ils balaient devant leurs portes avant de dire quoi que ce soit. C'est une baisse de 25 % des gaz à effet de serre, qui ont été réalisés depuis huit ans. Et puis, on s'adapte, ça veut dire qu'on anticipe l'impact de ces différents aléas climatiques. Je prends le cas des écoles. En 2023, on a lancé un plan de rénovation des écoles et les chiffres qui circulent, portés par les écologistes sur ces rénovations, sont parfaitement fantaisistes. C'est plus de 6 500 écoles qui ont été rénovées avec l'argent de la Caisse des dépôts, notamment…
Nathalie Saint-Cricq : 6 500, c'est faible par rapport au nombre d'écoles qui auraient mérité d'être rénovées…
Mais c'est très important en termes de rythme. Beaucoup de gens disent qu'il n'y a pas assez d'argent…
C'est à dire que, dans les premières années, le rythme était assez élevé, il a baissé depuis. On est sous contrainte budgétaire…
Ce n'est pas de l'argent du budget de l'État, la Caisse des dépôts. C'est un budget qui est différent. Et eux, ils ont augmenté leur enveloppe. Je m'inscris en faux parce que ça, ce sont des faits.
Vous considérez que par rapport au plan de rénovation des établissements scolaires, on est exactement dans les clous ?
Ce n'est pas ce que je dis. Ce que je dis, c'est que le sujet n'est pas forcément un sujet de moyens, c'est aussi un sujet de structuration de la filière, c'est-à-dire la capacité à mener les travaux dans le temps imparti. Il faut trouver des artisans, des PME, des groupes qui fassent les travaux. Il faut monter le cahier des charges. Ce sont les élus locaux qui ont en charge ce travail-là. Ce sont les régions, pour les lycées, ça, c'est plutôt bien parti. Ce sont les départements, pour les collèges. Ce sont les communes, pour les écoles primaires. Les communes viennent d'avoir des élections municipales. Il est assez courant, à six mois des élections municipales, de mettre un peu le pied sur le frein des projets, pour les redémarrer derrière.
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