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securitevia France 24··6 min de lecture

Têtes de cochon, projets d'ingérence : ce que révèlent des documents sur les opérations russes en France

Personnalités citées :Emmanuel MacronLaurent NunezIsaac HerzogAriel Weil
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Le contexte

L'article traite des opérations d'ingérence attribuées à des acteurs proches du Kremlin sur le territoire français. Ces opérations visent à créer des tensions communautaires et à discréditer les autorités françaises. Les événements récents, comme le dépôt de têtes de cochon devant des mosquées, sont liés à une stratégie plus large de déstabilisation.

Ce qu'il faut retenir

Des documents internes révèlent des opérations d'ingérence russe en France, notamment le dépôt de têtes de cochon devant des mosquées. Ces actes visent à exacerber les tensions communautaires et à discréditer le gouvernement français. Les autorités avaient déjà évoqué la possibilité d'une ingérence étrangère dès les premières heures de l'affaire. Des chercheurs confirment que ces opérations s'inscrivent dans une stratégie plus large de désinformation et de déstabilisation orchestrée par le Kremlin.

Ce que ça change

Ces révélations soulignent la menace persistante des ingérences étrangères en France et la nécessité pour les autorités de renforcer leur vigilance face à de telles opérations. Elles mettent également en lumière les tensions communautaires exacerbées par ces actes, ce qui pourrait influencer le débat public et les politiques de sécurité intérieure.

L'article complet

Source originale sur france24.com

Des documents internes attribués à une structure proche du Kremlin, analysés par plusieurs médias et consultés par la rédaction des Observateurs de France 24, décrivent plusieurs opérations réalisées ces derniers mois et évoquent d'autres projets d’ingérences sur le territoire français.

En septembre 2025, Laurent Nunez, alors préfet de police de Paris, condamnait des "actes abjects". Le désormais ministre de l'Intérieur dénonçait le dépôt de neuf têtes de cochon marquées du nom du président de la République Emmanuel Macron devant des mosquées en région parisienne. Ces actions avaient à l'époque provoqué l'émoi de la communauté musulmane.

Appelant à rester "très prudent" sur l'origine des faits, le préfet avait toutefois pointé dès les premières heures vers une possible main extérieure derrière cette opération. "On ne peut s'empêcher de faire des rapprochements avec des actions précédentes (...) dont il a été avéré que c'était des actions d'ingérence étrangère". Une référence claire à d'autres épisodes comme celui des étoiles de David taguées dans les rues de Paris, dont l'origine russe ne fait désormais plus de doute .

Neuf mois plus tard, des documents internes à un écosystème d'acteurs proches du Kremlin confirment la piste russe dans cette affaire des têtes de cochon. Ces documents envoyés à plusieurs médias ont fuité début mai via un compte anonyme sur X, qui les a attribués à l'écosystème de la Social Design Agency (SDA). Depuis le début des années 2020, cette entreprise de marketing digital russe, sous sanctions européennes , est devenue l'une des structures principales des opérations d'ingérence et de désinformation utilisées par le Kremlin.

Au total, plus de 70 documents présentés comme issus de la SDA font état de diverses opérations menées dans différents pays, de l'Arménie à l'Allemagne en passant par la France. Consultés par la rédaction des Observateurs de France 24, ces documents avaient été dans un premier temps analysés à la mi-mai par le média arménien FIP.am , puis le 23 mai par un collectif de médias dont le Monde .

S'il est difficile de relier directement ces documents à la SDA, des chercheurs du centre de recherche Géode de l'université Paris 8, qui ont déjà travaillé sur une précédente fuite en 2024 concernant la structure, ont indiqué auprès de la rédaction des Observateurs "que ces documents sont semblables au contenu de la précédente fuite de données".

Parmi ces documents, un rapport écrit en russe de neuf pages décrit ainsi, images à l'appui, l'opération visant les mosquées franciliennes, intitulée "Tête de cochon". On y retrouve une photo des dix têtes d'animaux disposées sur une table et portant l'inscription en lettres bleues "MACRON".

La photo, dont il n'existait aucune trace en ligne avant la fuite, a selon toute évidence été prise quelques heures avant le début de l'opération réalisée dans la nuit du 8 au 9 septembre 2025. Elle s'accompagne d'autres clichés de neuf de ces têtes, cette fois-ci disposées devant les mosquées en pleine nuit, vraisemblablement pris par les auteurs de l'opération.

Comme l'a relevé Le Monde , le document éclaire également le sort de la dixième tête. Au cours de l'enquête menée par les autorités françaises, l'agriculteur normand qui avait vendu ces têtes avait bien indiqué en avoir vendu dix. Mais le document précise que le dispositif de sécurité disposé devant la mosquée de Saint-Ouen avait empêché les auteurs de la déposer.

L'objectif affiché de cette campagne de déstabilisation était clair : accentuer les tensions communautaires. Le rapport vante le succès de l'opération, qui "a bénéficié d'une large couverture médiatique internationale", liste d'articles de la presse française et étrangère à l'appui.

Si la piste de l'ingérence étrangère avait été évoquée dès les premières heures, l'affaire avait tout de même provoqué un emballement médiatique, tout comme une autre affaire également mentionnée dans une conversation interne révélée dans les documents fuités : les "synagogues vertes".

En mai 2025, les devantures de trois synagogues à Paris et du mémorial de la Shoah avaient été aspergées de peinture verte en pleine nuit . Alors que la justice française soupçonne depuis plusieurs mois la main russe derrière cette opération , une capture d'écran de conversation interne tend à confirmer cette piste.

L'échange évoque le mode opératoire, précise les adresses des lieux visés et explique l'objectif : "discréditer les autorités françaises, incapables d’endiguer la vague d’antisémitisme islamiste à Paris" et porter "un coup porté à l’image de Macron, qui a laissé passer des critiques à l’encontre d’Israël".

Au lendemain de l'opération, ces actes avaient suscité une vive indignation. Le président israélien Isaac Herzog avait lui-même appelé les "autorités françaises à agir rapidement et fermement pour traduire les auteurs en justice et défendre la communauté juive contre la haine". Maire de Paris Centre, Ariel Weil avait de son côté dénoncé des actes "militants" sur X. "Après la peinture rouge, la peinture verte”, avait-t-il également déclaré, faisant écho à une autre action sur le sol français dont l'origine russe ne fait désormais plus de doute, celle des mains rouges peintes contre le mémorial de la Shoah .

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Avant même la publication des documents, les auteurs des opérations des têtes de cochon et de la peinture verte avaient été identifiés comme des relais d'opérations russes. Fin décembre, trois Serbes issus d'une cellule "obéissant aux services de renseignement de la Fédération de Russie" ont en effet été condamnés par la justice serbe pour avoir participé à ces deux opérations, selon des informations obtenues par BFMTV. Trois autres Serbes interpellés en France sont également toujours mis en examen pour "dégradations de bien et d’édifice de culte, en raison de la religion ou de l’ethnie dans le but de servir les intérêts d’une puissance étrangère".

Au-delà de ces opérations médiatiques, d'autres projets de déstabilisation sont évoqués dans ces documents. S'ils n'ont pas vu le jour, ils mettent en avant la même démarche d'agitation du débat public destinée à frapper les esprits. D'après un de ces documents, la statue du général de Gaulle sur les Champs-Élysées à Paris devait par exemple être "profanée" par un tag pro-Ukraine en septembre 2024 afin de l'attribuer à des "nationalistes ukrainiens" voulant dénoncer le discours pro-russe du petit-fils du général, Pierre de Gaulle. Même destin pour un lâcher de trente poupées gonflables portant l'inscription "FUCK MIGRANTS !" sur la Seine, qui devait avoir lieu en 2024 et n'a finalement jamais été réalisé.

L'emballement autour de telles opérations semble en tout cas pousser l'organisation russe à démultiplier ce type de campagnes. Que ce soit pour l'affaire des étoiles bleues de David en 2023 ou celle des mains rouges sur le mémorial de la Shoah en 2024, il a fallu à chaque fois plusieurs jours aux enquêteurs pour mettre en avant la piste de l'ingérence étrangère. Face aux emballements médiatiques antérieurs, la piste de l'ingérence étrangère avait toutefois été évoquée dès les premières heures par les autorités dans l'affaire des têtes de porc, l'une des dernières actions de ce type en date sur le sol français.

Aux yeux de James Pamment, spécialiste des ingérences étrangères et directeur de l’Institut de recherche sur la défense psychologique de l’université suédoise de Lund, ces documents prouvent une "tendance à l'escalade irresponsable". "Ils tentent de créer des conflits entre les groupes [de la société]", a-t-il déclaré auprès de l'Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) qui a aussi travaillé sur ces documents.

Le chercheur, qui a publié un rapport en mai 2025 sur la première salve de documents fuités de la SDA, précise : "Nous savons très bien à quel point il est facile d’attiser les tensions existantes en Europe en ce moment, notamment autour de questions telles que l’immigration ou les questions religieuses. C'est dangereux".

Dans un article de juin 2025 publié dans le Grand Continent , le chercheur Kevin Limonier avait déjà rappelé la "stratégie d'agitation locale" mise en place par la SDA à partir des précédentes fuites de l'agence, rappelant toutefois qu'il était à ce jour "impossible de lier formellement certaines des opérations à la SDA". La deuxième salve de fuites permet désormais de mettre à jour l'origine de certaines d'entre elles.

Contacté par l'OCCRP, ni l'administration présidentielle russe, ni la SDA n'a répondu à leurs demandes.

Texte extrait depuis l'article original sur france24.com. Civiqo agrège les flux RSS publics des grands médias FR sans copier ni stocker leurs contenus payants — chaque article reste hébergé chez son éditeur. Lire sur france24.com.

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