Toutes les trois minutes, un enfant est victime de violences sexuelles en France. Le juge des enfants, Édouard Durand a rappelé ce chiffre terrible, ce lundi 8 juin sur France Inter . Celui qui a présidé la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) de 2021 à 2023, a lancé un appel vibrant à sortir du déni.
« Nous ne prenons pas suffisamment au sérieux les enfants qui dénoncent les violences. Dans 92 % des cas, les enfants qui parlent n’obtiennent pas de soutien positif, c’est-à-dire qu’ils ne sont soit pas crus, soit pas protégés » , résume le magistrat.
Interrogé sur l’affaire Lyhanna, dans laquelle le suspect principal, Jerome B. avait déjà été visé par plusieurs plaintes et signalements pour violences sexuelles sur des enfants, Édouard Durand a estimé que « cette affaire terrible montre que le déni reste extrêmement puissant dans la société ».
Selon le magistrat, ce déni est profondément ancré dans « les institution sociales, éducatives, de soins », mais aussi dans « les institutions police et la justice ». Ce refus d’entendre les violences sexuelles faites aux enfants peut prendre la forme de remarques comme « ça ne peut pas exister, ça n’est pas vrai », mais aussi « on ne peut rien faire” » , a-t-il précisé.
« J’invite chacun à s’interroger à ce sujet. Le déni du viol des enfants est l’un des dénis les plus puissants, les plus anciens et les plus structurants dans le monde humain », a lancé Édouard Durand.
Lors des trois années qu’Édouard Durand a passées à la tête de la Ciivise, près de 30 000 témoignages de victimes ont été recueillis. De ce travail, le magistrat retient une chose : certains principes freinent le bon recueil de la parole des enfants, et empêchent surtout de correctement les protéger.
Il évoque notamment « l es grands principes du droit » , qui font office de « bonnes planques » pour les pédocriminels. « Comment expliquer que plus des deux tiers des plaintes sont classées sans suite au motif que l’infraction est insuffisamment caractérisée ? », insiste-t-il.
Le magistrat prend pour exemple le principe de présomption d’innocence. Celui-ci « n’a jamais été conçu pour créer un système d’impunité des agresseurs », rappelle-t-il. Pourtant, ce principe permet de ralentir certaines procédures, et pendant ce délai les potentiels agresseurs restent au contact d’enfants, laissant la porte ouverte à de nouvelles agressions.
« Nous ne pouvons pas nous cacher derrière ces principes pour dire “nous ne pouvons pas protéger” » , insiste le juge. Édouard Durand invite ainsi à réfléchir à une manière de respecter « scrupuleusement » le droit français, tout en le rendant compatible « avec la protection effective » des enfants qui dénoncent des violences.
Une réflexion d’autant plus urgente à mener que 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France.
