Le patron des Républicains Bruno Retailleau dénonce le manque de sanctions envers les magistrats, alors qu'une enquête administrative se penche sur d'éventuels manquements dans les procédures judiciaires qui ont visé Jérôme Barella, suspecté d'avoir tué la petite Lyhanna.
Le ministre de la Justice a reconnu des "défaillances graves" des services de l'État après la mort de la petite Lyhanna , 11 ans. Le suspect, Jérôme Barella, a été visé par plusieurs plaintes et signalements pour viol sur des mineures. Si plusieurs plaintes avaient été classées sans suite, une enquête était toujours en cours, mais le suspect n'avait pas encore été entendu par les enquêteurs . Une enquête administrative a été lancée pour se pencher sur d'éventuels manquements dans la procédure judiciaire. Les regards se tournent donc vers les magistrats, parfois très sévères.
Ainsi Bruno Retailleau, ex-ministre de l'Intérieur et actuel patron des Républicains, estime que le Conseil supérieur de la magistrature dont dépendent les magistrats "est trop corporatiste dans sa composition" . Selon lui, cela "explique qu'en une quinzaine d'années, une seule sanction, en l'occurrence un blâme, a été prise" . Il est démenti par Gérald Darmanin, son prédécesseur et actuel garde des Sceaux, qui affirme que depuis qu'il est en poste, mais aussi avant sous Éric Dupond-Moretti, "il y a entre 15 et 20 magistrats qui sont sanctionnés par an" . Mais aucun des deux ne donne les bons chiffres.
Gérald Darmanin surestime le nombre de sanctions, quand Bruno Retailleau le sous-estime de beaucoup. En moyenne cinq à six magistrats sont sanctionnés chaque année, depuis 2010. Cela fait une centaine de sanctions en une grosse quinzaine d'années, sur entre 9 000 et 10 000 magistrats, selon les calculs du Vrai ou Faux sur le site du Conseil supérieur de la magistrature (CSM).
Concrètement, le CSM a sanctionné directement 70 juges (magistrats du siège) et il a proposé une trentaine de sanctions envers des procureurs au ministre de la Justice, qui a le pouvoir de sanctionner les magistrats du parquet. Au total, un tiers de ces sanctions ont conduit à l'exclusion d'un magistrat, temporaire ou définitive.
Selon nos informations, Bruno Retailleau ne parle que d'un seul blâme en une quinzaine d'années, car il fait référence aux sanctions qui ont été prononcées ou proposées après la saisine d'un justiciable, alors que la majorité des sanctions sont prononcées après saisine du garde des Sceaux.
Chaque année, le CSM reçoit plusieurs centaines de lettres envoyées par des personnes qui ont eu à faire avec la justice et qui se plaignent de son fonctionnement, mais beaucoup sont rejetées par les commissions d'admission des requêtes "faute de remplir les conditions d'application du texte" , explique le conseil dans son rapport d'activité de l'année 2025. Certaines ne concernent pas un magistrat judiciaire, d'autres sont confuses, d'autres encore demandent au CSM d'intervenir dans une procédure judiciaire, ce qu'il ne fait pas.
Finalement, sur les 391 courriers reçus en 2025, 303 ont été jugés irrecevables, 87 demandes ont été rejetées et une seule a abouti à un renvoi au conseil de discipline, sans aucune certitude que cela aboutisse à une sanction.
Ainsi, selon nos informations, une seule sanction a été prise à la suite d'une lettre d'un justiciable ces 15 dernières années – le blâme mentionné par le patron des Républicains. Il a été prononcé en juin 2024 à l'encontre d'un magistrat qui avait mis trop de temps à clôturer une information judiciaire ( disponible ici ).
D'autres magistrats ont déjà été sanctionnés pour des retards de traitement injustifiés. En mars 2014 , une vice-présidente chargée de l'instruction dans un tribunal a reçu un blâme en raison de ses "insuffisances professionnelles en relation avec la gestion de son cabinet d'instruction" qui ont provoqué une augmentation du stock de dossiers en attente sur son bureau.
En février 2026 , une magistrate a été abaissée d'un échelon, car en raison du "retard croissant dans le traitement des procédures d'information dont elle avait la charge en qualité de juge d'instruction" et car elle n'effectuait "pas d'actes utiles dans des dossiers anciens" et encore, car elle laissait "s'écouler plusieurs mois voire années sans entendre des personnes détenues ou placées sous contrôle judiciaire" . Elle a aussi laissé un mineur en détention pendant cinq mois alors qu'elle avait été informée que son placement en détention avait été arbitraire.
D'autres magistrats ont reçu des blâmes pour des problèmes de comportement, pour un manque de respect envers leur hiérarchie ou encore pour de la négligence. Une vingtaine de blâmes ont été prononcés ou proposés par le CSM depuis 2010. Huit magistrats ont été révoqués par des sanctions pour s'être eux-mêmes rendus coupables de violences physiques ou sexuelles.
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