Chroniqueuse dans les médias du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, elle est accusée d’être la voix du Kremlin et suscite des réactions chaque jour plus nombreuses
Laurent Nuñez a assuré lundi qu’il n’y avait eu aucune « intervention » du gouvernement lors de la prolongation en 2024 du titre de séjour de la Russe Xenia Fedorova, chroniqueuse accusée d’être la voix du Kremlin dans les médias du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.
« Contrairement à ce qui a été sous-entendu dans un certain nombre de médias, il n’y a pas eu d’intervention », a expliqué le ministre de l’Intérieur, interrogé sur France Inter sur cette prolongation pour dix ans, alors que l’actuel ministre de la Justice, Gérald Darmanin, était en poste à Beauvau.
« Il y a des titres qui sont renouvelés de plein droit pour des étrangers qui sont en situation régulière depuis plusieurs années et qui remplissent des conditions. Il s’en délivre tous les jours », a-t-il ajouté. « L’administration ne peut pas refuser, sauf à engager un contentieux », selon lui.
Pour autant, « ce n’est pas parce qu’un étranger a un titre de séjour que ça le protège d’éventuelles poursuites ou remises en cause dès lors qu’il y a des troubles à l’ordre public ou qu’il y a une menace pour les intérêts fondamentaux de la nation », a-t-il observé.
Ancienne patronne de la chaîne russe RT en France, interdite dans l’UE depuis mars 2022 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Xenia Fedorova défend régulièrement les positions du Kremlin dans les médias dans le giron de Vincent Bolloré. Elle intervient notamment sur CNews et Europe 1 et signe une chronique dans l’hebdomadaire le JDNews.
La semaine dernière, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a pointé les « propos très graves » de Xenia Fedorova, qui « inversent complètement la charge de la preuve sur les responsabilités entre la Russie et l’Ukraine ». Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot l’a aussi qualifiée de « propagandiste » pro-Poutine.
Le président du directoire du groupe Canal+, Maxime Saada, a défendu sa chroniqueuse, en voyant dans sa présence sur CNews un enjeu de « liberté d’expression ». « Je ne crois pas qu’on peut parler d’un agent russe […], journaliste oui, agent non », avait-il répondu, interrogé par un actionnaire lors de l’assemblée générale du groupe vendredi.
Mme Fedorova a été aussi soutenue par Arnaud Lagardère, gérant de Lagardère Radio (qui détient Europe 1), et Gérald-Brice Viret, directeur général de Canal+ France, dans une tribune publiée par le Journal du dimanche (JDD), autre média dans le giron de M. Bolloré. « Nous n’approuvons pas forcément chacune de ses positions. En revanche, nous nous opposons à sa délégitimation systématique », ont-ils écrit.
Xenia Fedorova : «Défendre la liberté d’expression, surtout lorsqu’elle dérange» https://t.co/p4VLMpprGh
