Les minutes de silence sont une bataille de tous les instants à l’Assemblée nationale. Souvent salués, parfois critiqués, ces moments symboliques font l’objet de vraies luttes d’influence, les députés profitant du flou qui existe dans les textes en vigueur. Car le règlement ne dit pas à qui il est possible (ou non) de rendre hommage. Celui organisé en mémoire du militant néonazi Quentin Deranque en février avait suscité une polémique.
Ce mardi 9 juin, la présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet a fait un pas vers le groupe de La France insoumise en acceptant d’observer une minute de silence à l’endroit de Noahm, un jeune homme de 19 ans tué à Metz après une agression homophobe. « C’est la République qui est en jeu » , a-t-elle argué au micro de franceinfo, prenant soin de préciser qu’elle ne prenait pas la décision seule et qu’il fallait en discuter en Conférence des présidents.
Si elle estime que « la situation est compliquée » , compte tenu du fait que « les enquêteurs n’ont pas, à ce stade, retenu la circonstance aggravante » d’homophobie, Yaël Braun-Pivet mesure le caractère éminemment symbolique, et donc politique, de cette minute de silence.
Dans la nuit du 30 mai, Noahm aurait été pris à partie par un groupe d’individus qui lui aurait adressé des insultes telles que « sale PD » ou « sale pédale » . Le jeune homme aurait ensuite été projeté au sol, roué de coups, frappé au niveau de la tête, déclenchant un traumatisme crânien qui lui a été fatal. Il est décédé après être resté plusieurs jours en état de mort cérébrale. « Il s’agit clairement d’un lynchage homophobe » , dénoncent plusieurs députés de La France insoumise, dont Mathilde Panot, Clémence Guetté et Andy Kerbrat dans un courrier adressé à la présidente de l’Assemblée le 4 juin.
Selon eux, « ce crime rappelle que l’homophobie continue de tuer dans notre pays » . « En France, un guet-apens homophobe est recensé chaque semaine et une personne LGBTI est victime d’une agression physique tous les deux jours » , écrivent-ils. D’où leur demande de minute de silence, finalement acceptée.
Les élus de La France insoumise n’étaient pas les seuls à avoir fait cette demande, puisque plusieurs associations leur avaient emboîté le pas. Dans une tribune dans Libération , la présidente de SOS Homophobie Julia Torlet a elle aussi exigé un temps d’hommage.
Elle rappelle qu’au moment de la minute de silence observée pour Quentin Deranque, il avait été dit dans l’enceinte de l’Assemblée nationale que « personne ne devrait mourir à 23 ans » , et que la représentation nationale condamnait « unanimement, et sans réserve, tous les actes de violence et de haine ». « Nous demandons à l’Assemblée nationale d’être un rempart contre les violences qui frappent les personnes LGBTI – et non pas d’en être la caisse de résonance » , écrit Julia Torlet.
Lundi soir, deux hommes de 20 et 27 ans ont été mis en examen et écroués, d’abord pour « tentative de meurtre aggravé par l’état d’ivresse manifeste », puis pour « meurtre aggravé par l’état d’ivresse manifeste » .
Si le meurtre n’a, pour le moment, pas reçu la qualification de circonstance aggravante « en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre, réelle ou supposée » , le procureur de Metz David Touvet promet que « si la poursuite des investigations devait établir que le crime a été commis en raison de l’orientation sexuelle de la victime », le meurtre sera requalifié.
