La présidente de l'Assemblée nationale revient dans le podcast "Dans les yeux d'Agathe" sur son parcours, son engagement en politique et ses désillusions face à "la promesse de 2017" du macronisme.
Yaël Braun-Pivet n'a pas emprunté le chemin classique de la politique. Avocate pénaliste, expatriée en Asie, créatrice d'une startup, responsable d'une antenne des Restos du cœur, mère de cinq enfants : elle a eu plusieurs vies avant de basculer en politique à 47 ans. Dans ce nouvel épisode du podcast "Dans les yeux d'Agathe", elle se confie sur ce parcours singulier qui l'a menée, en 2022, à devenir la première femme présidente de l'Assemblée nationale. Elle se confie à Agathe Lambret sur son combat contre le cancer, son héritage familial, sa critique du macronisme, son plaidoyer pour la mixité en politique, et sa vision pour 2027.
Le poste qu'elle occupe, la présidence de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet n'a pas attendu qu'on le lui offre. "Je ne suis pas nommée, je suis élue par les parlementaires", insiste-t-elle. Et elle a été le chercher, ce perchoir, contre les consignes de l'Élysée qui préférait Roland Lescure. Cette ténacité, elle dit la tenir de sa mère. Une femme née d'une mère bretonne et d'un père algérien, abandonnée à sept ans dans un orphelinat à Alger, puis placée en foyer. Elle s'est battue pour devenir sténo-dactylo. "Elle m'a élevée avec le quand on veut, on peut, confie Yaël Braun-Pivet, en femme forte." Ne jamais se plaindre, ne jamais être malade, toujours avancer. Cette force de caractère, elle l'a mise à profit en politique.
"À 47 ans, se souvient-elle, je me dis hyper naïvement que c'est génial, cette promesse de renouvellement, cet appel aux femmes, à la société civile, à faire différemment. Je me suis lancée à corps perdu dans cette aventure." Elle adhère à En marche en octobre 2016 puis est élue députée des Yvelines en juin 2017. Quand elle arrive à l'Assemblée, un conseiller d'Emmanuel Macron l'appelle pour lui expliquer qu'elle, avocate et juriste de formation, n'est pas capable de présider la commission des lois, qu'elle vient de rejoindre. "Je l'envoie un peu paître, mais ça déstabilise, quand même !" Elle l'emporte face à des députés expérimentés. Cinq ans plus tard, en 2022, c'est le même scénario qui se reproduit. Emmanuel Macron lui préfère Roland Lescure pour la présidence de l'Assemblée. Le secrétaire général de l'Élysée l'appelle pour lui dire qu'elle n'est pas leur choix. "Moi, j'y crois. Dans ma tête, je me dis que je suis prête, que je suis capable. Et donc j'y vais." Et elle gagne, malgré les consignes de l'exécutif.
Après son élection, Emmanuel Macron, qui a pourtant œuvré pour que ce ne soit pas elle, l'appelle, lui dit "qu'il n'a pas voulu intervenir et qu'il est fier" de l'avoir vue gagner le perchoir. Aujourd'hui, elle l'assure, Yaël Braun-Pivet n'en garde aucune rancune. "Je m'en fous, j'avance. Je suis présidente de l'Assemblée nationale, il est président de la République." Pas de rancune, jamais. Mais il y a une blessure, celle de ne pas avoir été consultée avant la dissolution de l'Assemblée nationale en 2024. Macron l'informe à peine, elle qui est une macroniste historique mais qui n'a jamais fait partie du premier cercle. Elle qui est présidente de l'Assemblée et qu'il devrait consulter, selon l'article 12 de la Constitution. Elle lui propose d'attendre l'été pour construire une coalition avec Les Républicains, lui explique que c'est une erreur de dissoudre. Il ne l'écoute pas. Il est "très sûr de lui". Cette décision la blesse profondément, car elle a le sentiment d'être une "quantité négligeable" malgré ses deux ans de présidence de l'Assemblée.
Yaël Braun-Pivet dresse un bilan critique du macronisme et déplore que l'Assemblée nationale n'ait pas été suffisamment écoutée. "On a un vrai échec démocratique, dit-elle. On a eu les gilets jaunes, on a eu des manifestations sur les retraites, on n'a jamais fait de consultations, il n'y a jamais eu de référendum" . Les conventions citoyennes ont été créées, mais leurs conclusions n'ont pas été mises en œuvre. La négociation sociale n'a pas fonctionné. Les collectivités territoriales n'ont pas été associées. "C'était la promesse de 2017 : le dépassement des clivages, l'oxygénation de la démocratie. Ça n'a pas été réel", constate-t-elle, déçue.
Elle en appelle à un changement de méthode pour 2027. Fini les "aventures solitaires", fini les candidats qui partent "chacun en silo". Elle veut que les femmes et les hommes politiques du bloc central se mettent autour d'une table pour co-construire un projet commun avant de désigner qui l'incarnera. Elle cite des noms : Xavier Bertrand, Élisabeth Borne, Gérard Larcher, Christine Lagarde. Pourquoi pas elle ? Elle ne ferme pas la porte, mais elle insiste sur la nécessité de l'humilité. "Je pense que c'est vertigineux, cette fonction", dit-elle. Elle n'a pas le syndrome de l'imposteur, mais elle doute. "C'est très sain, le doute. (...) C'est assez typique des mecs de se dire : moi, je sais." Ce qui la préoccupe, c'est l'absence de femmes dans nombre de cercles où se prennent les décisions. Quand on lui demande si elle peut peser face au "club de machos" des candidats à la présidentielle, elle répond qu'elle va se battre pour que les femmes politiques soient associées. "C'est ahurissant qu'on doive, en 2026, se battre juste pour avoir le droit d'être assise à la table."
Yaël Braun-Pivet dit avoir découvert le sexisme et l'antisémitisme en entrant en politique. Son adversaire en 2017 la renvoyait "aimablement dans sa cuisine avec ses enfants". Elle a reçu des mini-cercueils. Elle continue à voir des commentaires antisémites sur ses réseaux sociaux. Mais elle relève la tête et dit fièrement qui elle est. Elle vient d'une famille de migrants juifs : sa grand-mère a quitté Munich en 1933 avec une valise, son grand-père venait de Pologne. Ils se sont construits en France, se sont battus pour la France. Son grand-père était dans la Légion étrangère, puis dans la Résistance.
Yaël Braun-Pivet a dû affronter un cancer du sein, diagnostiqué quelques mois avant les législatives de 2022. Elle a mené en parallèle sa campagne et ses séances de radiothérapie quotidiennes. Quand, en 2025, elle a annoncé publiquement avoir été diagnostiquée, elle s'est sentie libérée. Elle n'en avait pas parlé avant parce qu'elle ne voulait pas qu'on s'apitoie sur son sort. Elle voulait le dire pour que ce soit utile aux autres, pour appeler au dépistage, pour dire aux femmes qu'elles ne sont pas seules. "J'ai eu un cancer, mais j'ai réussi à bien le soigner. J'ai eu une chance immense", dit-elle aujourd'hui.
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