Exposé des motifs
M esdames , M essieurs ,
Le logement social constitue un pilier de la politique nationale de solidarité. Destiné à garantir un accès au logement aux ménages dont les ressources sont modestes, il repose sur un principe fondamental : permettre à chacun de vivre dans un environnement sûr, digne et respectueux des règles de la vie collective.
Or, cette promesse est aujourd’hui trop souvent trahie.
Dans de nombreux ensembles d’habitation, les habitants sont confrontés quotidiennement à des violences, des trafics de stupéfiants, des dégradations répétées des parties communes, des intimidations ou encore des nuisances graves qui compromettent durablement leur sécurité et leur qualité de vie. Ces comportements affectent en premier lieu les familles, les personnes âgées et les travailleurs qui respectent leurs obligations mais se trouvent privés de la tranquillité à laquelle ils sont en droit de prétendre. Dans trop de résidences, la cage d’escalier n’est plus un lieu de passage mais un territoire . Les cris, les menaces, les murs souillés, les boîtes aux lettres arrachées : c’est le quotidien de centaines de milliers de familles, invisibles dans les statistiques mais bien présentes dans la République française.
Cette situation nourrit un profond sentiment d’abandon.
Les bailleurs sociaux disposent pourtant d’outils juridiques leur permettant d’agir. Les dispositions du code de la construction et de l’habitation, ainsi que celles de la loi du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs , autorisent notamment la résiliation du bail en cas de troubles graves ou de manquements aux obligations du locataire. Dans les faits, ces procédures demeurent cependant insuffisamment mises en œuvre. Les interventions sont souvent tardives, hétérogènes selon les organismes et ne permettent pas toujours de restaurer durablement la tranquillité des résidents.
Parallèlement, l’attribution d’un logement social demeure aujourd’hui indépendante du comportement pénal passé du demandeur, sauf dans des hypothèses très limitées prévues par la loi. Ainsi, une personne condamnée pour des faits particulièrement graves peut accéder à un logement social alors même que ces condamnations sont susceptibles de faire peser un risque sur la sécurité des autres occupants.
Cette situation interroge d’autant plus que le logement social constitue un bien rare.
Au 1 er janvier 2025, plus de 2,8 millions de demandes de logement social étaient enregistrées en France, tandis que le taux de rotation du parc atteignait un niveau historiquement faible. Dans ce contexte de pénurie durable, il apparaît légitime que l’attribution de ces logements tienne également compte du respect des règles essentielles de la vie en société.
La présente proposition de loi poursuit ainsi un double objectif : mieux protéger les habitants du parc social et renforcer la responsabilité de l’ensemble des acteurs du logement social , tout en veillant au respect des principes de nécessité et de proportionnalité.
Elle prévoit, en premier lieu, que l’attribution d’un logement locatif social soit subordonnée à l’absence de condamnation définitive, depuis au moins cinq ans, pour des infractions d’une particulière gravité, punies d’au moins deux années d’emprisonnement. Cette mesure vise à mieux concilier la politique du logement avec l’exigence de sécurité publique, sans remettre en cause le principe d’accès au logement des personnes ayant pleinement exécuté leur peine et bénéficié d’un délai suffisant de réinsertion.
Elle instaure, en deuxième lieu, l’obligation pour chaque organisme d’habitations à loyer modéré de mettre en place un règlement intérieur applicable à l’ensemble des occupants, annexé au bail et affiché dans les parties communes. Ce règlement permettra de rappeler clairement les droits et obligations de chacun et d’assurer une application plus homogène des règles de vie collective.
La proposition de loi renforce également les pouvoirs du représentant de l’État dans le département. Lorsqu’un bailleur s’abstient d’agir malgré des troubles graves constatés, le préfet pourra lui enjoindre d’engager une procédure de résiliation du bail. En cas de carence persistante, il pourra se substituer au bailleur afin de saisir directement le juge. Ce mécanisme garantit que l’inaction d’un organisme gestionnaire ne puisse plus faire obstacle à la protection des habitants.
En troisième lieu, afin de préserver la vocation sociale du parc d’habitations à loyer modéré (HLM) et d’assurer une meilleure adaptation des logements aux situations réelles des ménages, la présente proposition prévoit de recentrer le parc social sur les ménages qui en ont le plus besoin. Cette proposition abaisse de 150 % à 120 % le seuil de dépassement des plafonds de ressources au‑delà duquel les mécanismes prévus par le code de la construction et de l’habitation trouvent à s’appliquer.
Cette proposition de loi s’inscrit ainsi dans une logique d’équilibre. Elle ne remet pas en cause la vocation sociale du logement HLM ; elle entend, au contraire, en restaurer pleinement le sens. Le logement social ne peut durablement remplir sa mission que s’il garantit à ses occupants un cadre de vie sûr, apaisé et conforme aux exigences de la vie en société. En renforçant les conditions d’accès, les obligations des bailleurs et les moyens d’action de l’État, le présent texte vise à mieux protéger les habitants respectueux des règles communes et à conforter la confiance des Français dans leur politique du logement.
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proposition de loi