Ce jeudi à huit heures, 385 000 lycéens en filière générale et 145 000 en filière technologique se sont retrouvés en salle d’examen pour passer l’ épreuve anticipée de français du baccalauréat . Au programme : un commentaire de texte de l’autrice Louise d’Épinay, ou une dissertation portant sur la poésie du XIXe au XXIe siècle.
Si les lycéens ont préparé ces sujets tout au long de l’année avec leur professeur de français, certains pourraient aussi être tentés d’obtenir un coup de pouce grâce à l’intelligence artificielle.
Car depuis quelques années, l’IA générative s’est fait une place parmi les techniques chéries par les tricheurs aux examens. L’an dernier, le recours à ChatGPT , Claude ou Gemini pendant une épreuve a représenté 8,5 % des cas de fraude en 2025, rapporte l’AFP. Une hausse constante, qui reste cependant loin derrière l’usage du smartphone ou de la montre connectée (55 %) et de la bonne vieille antisèche (24 %).
Ce qui n’empêche pas les professeurs de tirer la sonnette d’alarme et de prendre les devants en imposant des mesures radicales. En plus de surveiller activement dans les rangs, nombreux sont ceux à demander aux étudiants de déposer leur sac au fond de la salle et de se délester de leur téléphone le temps de l’examen.
Des techniques utiles… mais pas infaillibles. Auprès du Parisien , un lycéen de première rapporte ainsi qu’un de ses amis a « déposé un vieil appareil » sur le bureau du professeur et « a utilisé le sien pour tricher et demander à l’IA de lui rédiger un plan et le contenu des parties » . « Devant le surveillant, les élèves rangent bien leur smartphone dans leur sac… mais en ont un autre dans la poche » , confirme auprès de l’AFP Quentin, professeur d’histoire-géographie dans les Hauts-de-Seine.
Un problème dont a bien conscience le ministre de l’Éducation nationale. « Ce n’est pas que nos élèves soient plus tricheurs que les générations précédentes, mais simplement, l’occasion fait le larron, ou plutôt l’outil IA crée la tentation » , a déclaré Édouard Geffray à la mi-mai.
Alors pour dissuader les élèves de tricher, l’Éducation nationale s’organise. À défaut d’utiliser des brouilleurs d’ondes, dont l’usage est strictement encadré, certains établissements ont investi dans des détecteurs d’ondes pour empêcher le recours au téléphone et plus encore à l’IA. Par ailleurs, Édouard Geffray a fait savoir que « des détecteurs de téléphones portables seront répartis de manière aléatoire dans les centres d’examen, et permettront de détecter une éventuelle activité numérique illicite pendant les épreuves » .
Mais avec un détecteur par académie - soit trente appareils au total -, il va être difficile de surveiller les 3 028 centres d’épreuves recensés pour le baccalauréat général et technologique, et 2 748 pour le baccalauréat professionnel, observe Le Parisien .
Pour les élèves qui arriveraient à passer entre les mailles des détecteurs d’ondes, savoir qu’ils risquent gros pourrait finalement être plus efficace pour les dissuader d’utiliser l’IA lors des épreuves du bac.
En février dernier, le ministère a ainsi publié un décret dans lequel il durcit les sanctions déjà appliquées. En plus du blâme, de la privation de mention, de l’interdiction de passer un examen pendant un à cinq ans ou de l’impossibilité de s’inscrire dans l’enseignement supérieur sur la même durée, une procédure disciplinaire pourra désormais être engagée en cas de fraude découverte après coup, au moment de la correction. Car les professeurs veilleront aussi à débusquer les tournures de phrases « chatGPT-esques » que pourraient présenter les copies.
Par ailleurs, l’annulation d’une épreuve, d’un groupe d’épreuves, voire de l’ensemble de la session n’est pas exclue, si la fraude se révèle trop massive ou systématique.
Pour éviter d’en arriver à une telle extrémité, les autorités misent aussi sur la prévention. Des affiches rappelant les pratiques interdites (usage du téléphone, objets connectés, IA, antisèches, communication entre candidats ou plagiat) et les sanctions encourues ont été placardées dans les quelque 3 000 centres d’examen. Un rappel qui « fait toujours son petit effet auprès des élèves » , estime Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, syndicat majoritaire dans le second degré.
L’an dernier, 1 208 cas de fraude ont été suspectés, soit une hausse de 30 % en un an. Cela représente 833 élèves convoqués devant une commission disciplinaire, et 634 sanctionnés.
