Michel de Rosen et Bertrand Mabille, ex-serviteurs de l’État reconvertis dans le privé, publient « Simplifier ! » aux Éditions Télémaque (1). Après 21 entretiens avec des personnalités de tous bords politiques, ils dressent un constat, dégagent des recommandations, avec pour objectif que l’élection présidentielle 2027 fasse de la simplification administrative et normative une priorité
Pourquoi un livre entier sur ce sujet de la simplification administrative et normative française, auquel on a déjà consacré près de 28 lois en vingt ans ?
Michel de Rosen et Bernard Mabille . C’est précisément ce paradoxe qui est à l’origine du livre. D’un côté, une intention politique régulièrement affirmée, parfois inscrite dans des textes de loi. De l’autre, une réalité qui...
Michel de Rosen et Bernard Mabille . C’est précisément ce paradoxe qui est à l’origine du livre. D’un côté, une intention politique régulièrement affirmée, parfois inscrite dans des textes de loi. De l’autre, une réalité qui va dans le sens inverse. Nous avons voulu interroger à la source ceux qui font ces promesses pour comprendre pourquoi on n’y arrive pas.
Vous avez interrogé 21 personnalités politiques de tous bords, qu’est-ce qui se dégage de cette consultation ?
Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel politique sont interrogées, de Marine Le Pen à François Hollande [Jean-Luc Mélenchon, LFI, n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet, NDLR]. Tous nos interlocuteurs s’accordent sur le constat : l’hypercomplexité pèse sur la compétitivité du pays, sur l’efficacité des services publics et sur notre vie démocratique. Ils s’accordent aussi sur les racines du mal : une hypercentralisation et une habitude culturelle très ancienne. Là où ça diverge, c’est sur la méthode et sur la place à donner au sujet.
N’y a-t-il pas un risque que, pour nous tous, simplification rime avec démantèlement de nos protections sur l’autel des économies budgétaires ?
C’est la question piège. Si les codes français sont les plus longs du monde et que la France est l’un des pays les plus complexes, ça ne signifie pas que les citoyens des autres pays sont moins bien protégés. Ce que nous prônons, c’est de passer d’une régulation par procédure – on définit la hauteur de la rampe pour les handicapés, sa couleur – à une régulation par objectif. On fixe un but, on laisse aux acteurs les moyens d’y parvenir. Ce n’est pas un outil pour réduire la dépense publique : si 32 % de la charge d’un hôpital est mobilisée sur l’administratif contre 20 à 22 % ailleurs, l’enjeu d’une simplification administrative, c’est d’avoir les moyens d’avoir plus de soignants.
Ne serions-nous pas tous complices de cette complexité normative ?
Absolument. Les industriels aiment les lois qui les protègent de la concurrence. Les Français, dès qu’un événement survient, se tournent vers l’État en demandant une réponse, souvent sous forme de loi. Ne faisons pas de politique bashing : c’est un système auquel nous participons tous ! La transformation nécessaire est profonde, c’est toute notre relation à l’État qu’il faut repenser.
À l’issue des consultations, vous proposez 13 chantiers de simplification à engager ensemble, pourquoi ?
Parce que si on ne retient qu’un ou deux chantiers, ça ne marchera pas. La méthode jusqu’ici, c’est : quelques bonnes idées par-ci, un texte par-là. Mais avec une ou deux mesures, on ne renversera jamais des siècles de mauvaises habitudes. La France restera plus complexe chaque année. Il faut le package complet, une révolution ! La France est meilleure dans la révolution que dans la réforme. La simplification n’est pas une question de génie ni d’argent. C’est une question de volonté, de courage politique et de bon sens.
« Simplifier ! », Michel de Rosen et Bertrand Mabille, Éditions Télémaque. 23 euros.
