Si l’IA ne représente que 8,5 % des cas de fraude en 2025, loin derrière l’usage de smartphones, montres connectées et des traditionnelles antisèches, elle est sujet de préoccupation chez les enseignants
À l’ère des objets connectés et de l’essor de l ’intelligence artificielle , la fraude aux examens change de visage, poussant le gouvernement à durcir les sanctions contre les tricheurs lors des épreuves du bac face à une hausse des cas. En 2025, 1 208 cas de fraude ont été suspectés, soit + 30 % en un an. Un chiffre en nette augmentation, mais qui reste marginal au regard des 1,2 million de candidats, Premières et Terminales confondues.
Dans les faits, 833 élèves ont été convoqués devant une commission disciplinaire, et 634 sanctionnés. « Ce n’est pas que nos élèves soient plus tricheurs que les générations précédentes, mais simplement l’occasion fait le larron, ou plutôt l’outil IA crée la tentation », a relevé mi-mai le ministre de l’Éducation Édouard Geffray.
Si l’IA ne représentait que 8,5 % des cas de fraude en 2025, loin derrière l’usage de smartphones, montres connectées ou tablettes (55 %) et même des traditionnelles antisèches (24 %), elle est sujet de préoccupation chez les enseignants. « Cela fait plusieurs années qu’on voit progresser » la triche via l’IA, que ce soit aux examens ou pour le contrôle continu, observe Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, syndicat majoritaire dans le second degré.
- « La triche, c’est toute l’année » -
« On constate davantage l’usage d’objets connectés : téléphone, montres, parfois des lunettes connectées ou des oreillettes », pourtant strictement interdits, relève Jean-Rémy Girard, président du Snalc, syndicat d’enseignants. « Les élèves rangent bien leur smartphone devant le surveillant dans le sac… mais en ont un autre dans la poche », raconte Quentin, professeur d’histoire-géographie dans les Hauts-de-Seine, resté anonyme.
Ils peuvent alors ensuite interroger une application d’IA, capable de fournir une réponse en quelques secondes. « L’antisèche, c’est l’artisanat, mais l’IA c’est la révolution industrielle » de la triche, résume Jean-Rémy Girard. Face à cette évolution, le ministère a publié en février un décret pour durcir les sanctions. Outre le blâme, la privation de mention, l’interdiction de passer un examen pendant un à cinq ans ou de l’impossibilité de s’inscrire dans l’enseignement supérieur sur la même durée, une procédure disciplinaire pourra désormais être engagée en cas de fraude découverte après coup, au moment de la correction. Il sera également possible d’annuler une épreuve, un groupe d’épreuves, voire l’ensemble de la session.
Pour les correcteurs, la difficulté demeure. « Phrases carrées, format type, absence de citations du cours… » Si les enseignants parviennent souvent à repérer l’usage de l’IA chez des élèves qu’ils connaissent, explique Quentin, la détection est plus délicate sur des copies anonymisées. « La triche, c’est toute l’année, pas seulement au bac », déplore de son côté Nele, professeur d’histoire-géographie dans les Yvelines, rappelant que le contrôle continu compte directement dans l’obtention du diplôme.
Les autorités misent aussi sur la prévention. Des affiches rappelant les pratiques interdites (usage du téléphone, objets connectés, IA, antisèches, communication entre candidats ou plagiat) seront placardées dans les quelque 3 000 centres d’examen. Les sanctions encourues y seront clairement mentionnées. Ce rappel « fait toujours son petit effet auprès des élèves », estime Sophie Vénétitay.
Par ailleurs, des détecteurs d’objets connectés seront déployés de manière aléatoire sur tout le territoire. « Il y aura sûrement quelques établissements qui en auront, mais ça ne suffira pas », juge Jérôme Fournier, secrétaire national du SE-UNSA. Interrogé, le ministère reconnaît ne pas être en mesure de préciser leur déploiement exact, laissant cette responsabilité aux rectorats, qui adaptent les moyens en fonction de leurs ressources. « Tous les candidats sont susceptibles de se retrouver dans un centre équipé », assure-t-on néanmoins. Pour Jérôme Fournier, la détection de la triche « doit rester de la responsabilité des personnels surveillants ».
« On a juste nos deux yeux dans la salle, ce qui peut être insuffisant », relève toutefois Sophie Vénétitay. « Les dispositions du ministère ont le mérite d’exister », estime-t-elle néanmoins. « On sait qu’on a toujours au moins une longueur de retard », mais entre ce qui est mis en place et le discours des enseignants sur les risques de l’IA, « on arrive quand même à toucher certains élèves ».
