Face à la multiplication des baignades interdites lors des épisodes de forte chaleur, les élus locaux tentent de renforcer la prévention pour éviter les drames
Malgré l’interdiction de baignade, une fillette de 4 ans s’est noyée sur l’île de loisirs de Bois-le-Roi, en Seine-et-Marne, lors du très chaud week-end de la Pentecôte. Un drame qui illustre le sentiment d’impuissance parfois exprimé par les élus face à ces situations.
Avec douze îles de loisirs de 3 000 hectares sous sa responsabilité, dont 1 000 hectares de plans d’eau, et 4 à 12 millions de visiteurs par an, le vice-président du Conseil régional d'Île-de-France Patrick Karam, chargé des Sports, est directement confronté aux baignades sauvages. Son constat est sans appel : « Vous pouvez mettre tous les panneaux que vous voulez, lorsqu’il y a des zones de baignade où les gens ont l’habitude d’aller mais qui sont interdites pendant une période, ils se baigneront, surveillance ou pas », explique-t-il. D’autant qu’avec le réchauffement climatique, les épisodes de forte chaleur interviennent de plus en plus avant l’ouverture officielle des espaces aquatiques.
À Bois-le-Roi, 1 000 personnes étaient dans l’eau le week-end de la Pentecôte, malgré l’interdiction matérialisée par des panneaux – la baignade n’étant pas encore ouverte au public –, un barriérage et cinq médiateurs. À Surzur, en bordure du golfe du Morbihan, c’est une ancienne carrière qui pose problème à la maire Noëlle Chenot. « Des jeunes viennent s’y baigner alors que c’est interdit. Or il y a des risques de siphons et d’hydrocution parce que l’eau est souvent très froide », témoigne l’édile, qui a « rappelé à l’ordre le propriétaire ».
En Meurthe-et-Moselle, le petit village de Pierre-la-Treiche, près de Nancy, accueille « les gens qui cuisent en ville » mais la baignade dans la Moselle y est interdite, rappelle son maire Xavier Colin. « On a régulièrement des gens qui se posent pour un petit pique-nique. Il y a du soleil, de l’eau, et si vous rajoutez un petit apéro, la baignade peut tourner au drame », poursuit-il, pointant une minorité « qui aime braver l’interdit ». Avec 500 habitants, un employé communal et une secrétaire à temps partiel, l’élu n’est pourtant « absolument pas en capacité d’organiser des surveillances de baignade » sur six kilomètres de rives.
Sur la Loire, deux accidents mortels ont eu lieu en quarante-huit heures fin mai. Le maire de Saumur Jackie Goulet (DVG) met en garde contre des « cavités qui aspirent comme un tourbillon », et précise que « même un bon nageur peut se faire embarquer ». Beaucoup d’accidents surviennent aussi en sautant des ponts, faute d’un niveau d’eau suffisamment élevé ou en raison de la présence d’objets contondants invisibles depuis le rivage.
Le 25 mai, un homme de 24 ans a perdu la vie à Tours en sautant depuis une pile du pont Wilson. La ville explique avoir renforcé la prévention à l’aide de grands panneaux pédagogiques. « Les gens ont du mal à comprendre que même en étant à 3 mètres du bord, si vous mettez le pied dans une zone de ces fameux trous, potentiellement vous êtes aspirés et on ne vous revoit plus », souligne la mairie, qui prévoit d’installer des barrières sur le lieu de la noyade surmontées de « panneaux choc, de type sécurité routière ».
La plupart des municipalités disent aussi renforcer les contrôles de police municipale. Parmi les mesures urgentes, Patrick Karam plaide pour une ouverture des sites de baignade « dès les premières chaleurs » afin qu’ils puissent être surveillés. La Région entend aussi conditionner le financement de formations de maîtres-nageurs à l’obligation de rester trois années en Île-de-France. Elle a par ailleurs investi dans des « drones avec identification thermique et haut-parleur » pour repérer un enfant sous l’eau et faire peur aux contrevenants.
Mais l’élu LR évoque également la responsabilité des parents, avec « des gamins de 3 à 8 ans qui traînent seuls sur la plage et ne savent pas nager ». Plusieurs élus regrettent également que l’obligation d’apprentissage de la natation ne soit pas toujours respectée.
« Il y a encore beaucoup de Français qui ne savent pas nager. Or vous avez des territoires qui ont des piscines et d’autres non », relève Christophe Bouillon, président de l’Association des petites villes de France. Un paradoxe en France, pays maritime aux 250 000 cours d’eau.
L’été dernier a été particulièrement meurtrier avec 409 décès par noyade en France, dont 57 mineurs. Une hausse de 16 % par rapport à 2024.
