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securitevia BFM TV··6 min de lecture

"Capitaliser" sur les débordements: comment les violences après la victoire du PSG sont-elles devenues un enjeu politique?

Personnalités citées :Seghir Lazri
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Le contexte

Les violences survenues après la victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des champions soulèvent des questions sur le maintien de l'ordre lors des événements sportifs. Ces incidents, qui ont conduit à des arrestations, mettent en lumière des enjeux sociologiques liés à la jeunesse et au supportérisme. La France a une histoire de gestion des violences sportives qui diffère de celle d'autres pays européens.

Ce qu'il faut retenir

Après la victoire du PSG, des violences ont éclaté à Paris, entraînant 225 gardes à vue. Le parquet a qualifié ces événements de violences urbaines, en particulier contre les forces de l'ordre. Les autorités promettent des sanctions. Un sociologue souligne que ces débordements révèlent des enjeux plus profonds liés à la jeunesse et à la culture du supportérisme. Il appelle à une meilleure compréhension et sensibilisation des supporters pour prévenir de tels incidents à l'avenir.

Ce que ça change

Ces événements pourraient inciter les autorités à revoir leur approche du maintien de l'ordre lors des célébrations sportives. Ils soulignent également la nécessité d'une meilleure intégration des jeunes dans la culture du football et d'une sensibilisation accrue pour éviter les débordements. Cela pourrait influencer les politiques publiques en matière de sécurité et de gestion des événements sportifs.

L'article complet

Source originale sur bfmtv.com

Photographie d'illustration d'un groupe de supporters du Paris Saint-Germain célébrant la victoire en Ligue des champions de l'UEFA avec des fumigènes dans un café du 5ème arrondissement de Paris, en Île-de-France, le 30 mai 2026. - Photo par MANON LEVET / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

Après la victoire historique du Paris Saint-Germain en finale de la Ligue des champions, le 31 mai 2026, des incidents ont éclaté à Paris et dans plusieurs villes françaises malgré un important dispositif de sécurité. Dans la capitale, 225 majeurs ont été placés en garde à vue à la suite de violences, de dégradations et d’affrontements avec les forces de l’ordre survenus en marge des célébrations. Le parquet de Paris a dénoncé un "véritable contexte de violences urbaines", marqué notamment par de "très nombreuses violences commises à l’égard de fonctionnaires de police" mobilisés pour sécuriser les festivités. Face à ces débordements, les autorités promettent des sanctions exemplaires. Ces violences soulèvent toutefois des interrogations plus larges. Relèvent-elles uniquement d'un problème de maintien de l’ordre lors des rassemblements sportifs? Ou révèlent-elles des enjeux plus profonds liés à la jeunesse, au supportérisme et à la manière dont ces événements sont ensuite interprétés dans le débat politique? Pour en parler, Le nouvel épisode du Titre à la une reçoit Seghir Lazri, sociologue du sport au laboratoire Printemps de l'Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

Oui ce sont des supporters de foot parce qu'ils viennent célébrer une victoire. Dans "supporter" il y a plein de mots, on peut être supporter très ancré comme supporter nouveau et c'est aussi ça le PSG et son succès: aujourd'hui ils rassemblent et mobilisent des populations qui ont été éloignées de la culture PSG, de la culture parisienne. Forcément, plus on augmente la population, plus on a de risques de voir des débordements.

C'est propre dans l'espace parisien. Les dégradations liées à des événements sportifs et notamment festifs ont toujours existé. Il y en avait déjà en 98, il y en avait déjà par le passé. La variable qu'on constate, c'est que c'est souvent une population jeune et masculine. En termes sociologiques, ça peut aussi bien prendre en considération les gens issus des quartiers populaires, comme des gens issus parfois des beaux quartiers.

Il y a une culture de la confrontation dans la socialisation juvénile. La violence a toujours existé, mais elle se déplace. Certaines sont invisibilisées, d'autres sont beaucoup plus visibles. Surtout, il y a aussi une reprise dans le champ politique qui est d'autant plus évidente ces dernières années.

Il y a des événements qui se passent, il ne faut pas le nier. Bien sûr qu'il y a des actes qui sont commis et qui sont répréhensibles sous le coup de la loi. Néanmoins, il y a des choses qu'on donne à voir et d'autres qu'on essaie plutôt de masquer. Énormément de jeunes vont venir à Paris. Quand on parle de ceux qui sont stigmatisés, ce sont souvent les jeunes personnes issues du quartiers populaires, issues de la diversité. Mais pour beaucoup, c'est aussi l'endroit où on se rencontre, où ils fréquentent des endroits qu'ils n'auraient jamais fréquentés, des endroits qui sont un entre-soi. Il ne faut pas oublier que l'entre-soi est souvent l'accaparement des catégories sociales aisées plutôt que des catégories sociales les plus pauvres.

Exactement, qui vont sur l'avenue la plus chère de la capitale, mais qui vont aussi dans d'autres espaces de la capitale où ça se passe très bien. Au moindre débordement, il y a tout de suite un écho. Il y a cette volonté politique d'aller chercher très rapidement le débordement pour pouvoir capitaliser dessus, parce que c'est aussi le gagne-pain de mouvances politiques.

Pour la gestion des événements sportifs, la France est peut-être encore un peu en retard par rapport à des pays comme le nord de l'Europe. Ça s'explique par une historicité. Il s'est passé des événements dans les années 80, 90, en Angleterre, aux Pays-Bas ou dans les pays scandinaves, qui ont suscité des tollés monumentaux, notamment des bagarres entre bandes rivales dans les clubs de foot anglais.

L'Angleterre a sanctionné, bien entendu, mais ça n'a pas été son arme principale. Le levier, c'était la sensibilisation des supporters, avec un vrai travail sur qui sont ces supporters, qui sont ces individus. Un travail énorme de prévention a été réalisé dans les pays du Nord. Toute cette historicité a permis de cumuler tout un savoir qui a servi à ce que ces événements se passent très bien.

Le vrai problème c'est qu'on ne sait pas qui sont les gens qui dégradent l'espace public. Est-ce que ce sont des supporters qui sont récurrents des matchs de football? Ce n'est pas certain. Les interdictions de stade ne marchent pas forcément parce que ce sont souvent des nouveaux supporters qui sont à la marge de l'engagement du supporterisme. Il y a un manque de données.

On connaît les supporters qui vont au stade, qui animent. On sait à peu près qui ils sont. Plus on s'éloigne de ce cœur de supporters, moins c'est clair. Le succès du PSG a attiré une population plus jeune et masculine, donc on a aussi son lot de déviance qui va avec. Si on veut s'attaquer au fond du problème, il faut s'attaquer à ce qui les socialise au football, à ce qu'ils sont dans la vie quotidienne.

On n'est pas dans la même configuration. Pour le club du Paris Saint-Germain il y a un ancrage local très fort et Paris est le lieu central de cette manifestation. L'adhésion à l'équipe de France et au football français n'est pas du même ordre. Il y a quand même un engagement beaucoup plus régulier des supporters du PSG. Puis, le PSG a des rivalités alors que l'équipe de France est censée susciter une plus grande adhésion.

C'est les vertus du lien que ça crée entre les gens. Les gens se retrouvent entre eux et créent une mémoire collective . Il y a une puissance du social qui devient très évidente dans les fan zone: on ressent les émotions au même endroit, au même moment. Ça crée du lien. Il faut créer du lien, pas se sentir étranger dans des espaces qu'on ne connaît pas. Pour comprendre ces phénomènes, il faut saisir l'idée que c'est une sociologie de la jeunesse qu'il faut comprendre.

Quand on cible les individus des quartiers populaires qui commettent ce genre de choses, c'est parce qu'ils sont aussi plus souvent socialisés à cette forme de délinquance. Pour eux, passer à l'acte est significatif dans leur espace. Il faut travailler sur cet espace, sensibiliser au sport. Ça s'apprend à être un supporter, ça se cultive. Il faudrait mettre en place des zones qui permettent aux gens de se retrouver entre eux dans des milieux où ils se sentent à l'aise.

En Angleterre, on a une culture, une sociabilisation au football différente qui rythme le quotidien des gens. On sait identifier les fans d'Arsenal. Il y a un système de rivalité entre clubs qui fait que des postures se déterminent. Les gens sont accoutumés à ce spectacle sportif. C'est ce qui manque au PSG, qui réussit son succès en mobilisant de nouvelles populations. Au fur et à mesure, ça va se réguler.

(Six agressions à l'arme blanche en marge de la parade d'Arsenal ont eu lieu à Londres, un homme a été hospitalisé dans un état critique, NDLR)

C'est un club nouveau sur ce plan-là. Toute la stratégie du PSG était d'avoir à la fois un ancrage mondial et un ancrage territorial très important. Il y a une sensibilisation à ce club qui est d'autant plus évidente et qui est aussi générationnelle. Cette nouvelle jeunesse doit aussi apprendre à être un supporter, à adhérer à ce spectacle. Ça passe par tout un système de prévention, de sensibilisation, et surtout prendre en considération ces individus. Il y a un âge de raison et on commence à lever le pied à un moment donné, parce qu'on s'inscrit dans des cultures juvéniles où l'on joue avec les règles et les normes.

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