Et soudain, ils se lèvent. Ce mardi 2 juin, les députés de La France insoumise n’ont pas attendu longtemps avant de quitter l’hémicycle, furieux de l’attaque que venait de lancer contre eux le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. Tout a commencé par une question du député LFI Arnaud Le Gall, qui s’est insurgé de voir « Israël réaliser l’invasion la plus profonde depuis vingt-cinq ans » au Liban. Une référence notamment au château de Beaufort dont se sont emparées les troupes israéliennes le week-end dernier, qui y ont symboliquement planté le drapeau de l’État hébreu.
« Des ministres israéliens pressent Netanyahou de raser la banlieue sud de Beyrouth, rêvant tout haut d’un grand Israël » , a poursuivi le député, accusant Tel-Aviv de mener « une guerre contre le Liban au mépris du droit international » . Pour lui, « le Hezbollah n’est qu’un prétexte » . « Plus de 3400 morts depuis le mois de mars. Onze enfants tués chaque jour en moyenne cette semaine selon l’Unicef » , a chiffré Arnaud Le Gall.
Si Emmanuel Macron a bien condamné cette « escalade majeure » (et Jean-Noël Barrot demandé la convocation d’une réunion d’urgence à l’ONU), le député LFI juge que le gouvernement entretient une position « illisible » au Proche et au Moyen-Orient. « Au lieu de tergiverser, allez-vous prendre à l’ONU la tête d’un front contre l’invasion du Liban ? » , a-t-il demandé au ministre des Affaires étrangères.
Mais plutôt que de répondre sur le fond, le patron de la diplomatie française a préféré attaquer le député : « Dans votre question, vous ne faites ni mention de l’adjudant Montorio, ni du caporal-chef Girardin. Vous insultez leur mémoire et vous crachez au visage des militaires français qui, chaque jour au Liban, se tiennent aux côtés de la population » . Les deux soldats français ont été tués au Liban dans une embuscade, le 18 avril dernier.
Arnaud Le Gall se lève alors, prend sa sacoche et quitte bruyamment l’hémicycle. Rapidement suivi par l’ensemble des députés de La France insoumise. En se dirigeant vers la sortie, la présidente du groupe Mathilde Panot s’insurge de la réponse du ministre. Elle qualifiera plus tard, sur les réseaux sociaux, son attitude de « lamentable et lâche ». « La France mérite mieux que ce ministre et sa politique lamentable » , exprime-t-elle.
Il est d’ailleurs faux d’affirmer que LFI n’aurait pas rendu hommage aux deux gradés. Le 28 avril 2026, lors de son traditionnel point presse à l’Assemblée, Mathilde Panot avait déclaré : « Je veux adresser nos condoléances et notre affection aux familles des deux soldats français tués. Je pense évidemment aux familles d’Anicet Girardin et de Florian Montorio ». « Pensées pour ses frères d’armes et la famille de Florian Montorio » , avait aussi exprimé Jean-Luc Mélenchon dans un tweet le 18 avril.
Jean-Noël Barrot a donc dû terminer sa réponse face à des sièges vides. « Si vous partez… Ça me permettra d’aller plus rapidement » , a-t-il commenté. Puis : « Cessez d’exploiter les souffrances du peuple libanais. Sachez condamner dans un même souffle les attaques du Hezbollah et celles d’Israël » , pour qui la France doit « tenir une parole juste et équilibrée » . Pas de quoi faire revenir les troupes LFI. Depuis le perchoir, la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet demande aux députés qui s’en vont de le faire « en silence » . Les autres députés, eux, ne bougent pas.
