L'Assemblée nationale a adopté définitivement et à l'unanimité, mardi 2 juin 2026, une loi reconnaissant la « part de responsabilité » de l'État dans le scandale du chlordécone aux Antilles. Utilisé dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique entre les années 1970 et 1990 malgré sa dangerosité connue, cet insecticide a contaminé plus de 90 % de la population de ces territoires. Présentée comme une avancée historique, cette reconnaissance demeure toutefois essentiellement symbolique. Les modalités concrètes d'indemnisation des victimes restent encore à définir.
C'est l'aboutissement d'un long parcours parlementaire. Par 236 voix pour, les députés ont définitivement adopté la proposition de loi portée par Elie Califer, député socialiste de Guadeloupe. « Cette reconnaissance symbolique est une première étape. Le combat devra se poursuivre pour les modalités d'indemnisation », a réagi le député socialiste Arthur Delaporte.
« On n'est pas tout à fait satisfait mais on partait de loin, du fait que l'État ne voulait même pas reconnaître sa responsabilité partielle (...) c'est une avancée », a souligné de son côté Olivier Serva, député de la 1er circonscription de Guadeloupe.
L'article premier du texte reconnaît sa part de responsabilité dans les préjudices sanitaires, moraux, écologiques et économiques subis par la Guadeloupe et la Martinique .
D'autres mesures n'ont pas de valeur contraignante. C'est le cas de la « dépollution des terres et des eaux contaminées » au chlordécone, érigée en « priorité nationale la recherche scientifique ». Elle « assigne » pour objectif « l'indemnisation de toutes les victimes ».
Sur ce point, trop de questions restent en suspens, regrette Christophe Lèguevaques, avocat de plusieurs associations antillaises. « Rien n'est prévu. Tout est renvoyé à plus tard : des commissions, des rapports, des études. On ne sait pas combien coûtera cette prise en charge, ni qui la financera. Est-ce qu'elle concernera seulement les travailleurs des bananeraies ou l'ensemble des habitants exposés au chlordécone depuis plus de trente ans ? Tout cela reste flou. »
Un flou opérationnel auquel la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, promet d'apporter une réponse.
Une mission d'inspection interministérielle a été lancée pour se pencher sur cette question, et se rendra dans quelques semaines en Guadeloupe et en Martinique, avec un « rapport attendu dans les tout prochains mois », a-t-elle précisé.
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