Position défensive. La victoire du Paris-Saint-Germain en Ligue des Champions a provoqué des scènes de liesses et des débordements qui ont fait plusieurs centaines de blessés - légers pour la plupart. Critiqué par la droite, l’extrême droite et une partie de la gauche, pour un manque supposé de préparation, le gouvernement a balayé ces reproches en renvoyant la faute… ailleurs.
Ce lundi 1er juin, Laurent Nunez a fait état d’un nouveau bilan de 178 blessés dans les forces de l’ordre et plus de 890 interpellations. « Nous savions que ces célébrations allaient donner lieu à des débordements. (...) On avait un gros dispositif, exceptionnel en volume de fonctionnaires et de militaires de la gendarmerie mobilisés. Il y avait des consignes d’extrême fermeté d’intervention, c’est ce qui a été fait systématiquement pour mettre un terme » aux débordements, s’est défendu le ministre de l’Intérieur sur France Inter.
« Moi, mon travail, c’est de mettre un terme à ces exactions. C’est ce qui a été fait par les forces de sécurité intérieure. Et s’il y a autant d’interpellations, c’est que ce travail a été évidemment bien fait » , a-t-il insisté, refusant avec vigueur être dans « le déni ». « La question de savoir pourquoi ces jeunes viennent casser et autres, elle a des ressorts ailleurs et des solutions ailleurs » à trouver qu’auprès de son ministère a-t-il ajouté.
À partir de samedi soir, le dispositif de sécurité et Laurent Nuñez ont été critiqués de toutes parts. « À partir du moment où il y a ces débordements, on ne peut pas être satisfait de la gestion de la soirée d’hier telle qu’elle a été organisée par le gouvernement » , a déclaré sur France 3 le porte-parole de LFI Manuel Bompard. Plaidant pour des fan-zones, il a estimé qu’on « devrait essayer d’organiser cette fête, de l’encadrer, de lui proposer des lieux pour qu’elle puisse s’exprimer, pour éviter précisément ce type de débordements » . La vice-présidente (FI) de l’Assemblée Clémence Guetté a accusé les forces de l’ordre d’avoir « chargé des gens qui ne commettaient aucun débordement » appelant à revoir « la doctrine » française.
À l’opposé sur le spectre politique, l’extrême droite et une partie de la droite ont dénoncé « un rituel qui se répète et s’aggrave » selon le patron de LR Bruno Retailleau. « Il n’y a qu’en France où chacun se sent obligé de s’enfermer chez soi un soir de victoire pour éviter d’être confronté à des violences » a abondé Marine Le Pen, tout en reconnaissant « un dispositif de sécurité hors-norme. ». Son poulain Jordan Bardella a appelé ce lundi sur RMC l’État à « reprendre la main sur sa politique de sécurité, sa politique pénale et par-dessus tout, sa politique migratoire, parce qu’il y a évidemment un lien », fidèle à sa rhétorique anti-immigration.
Sans reprendre les propos de l’extrême droite, Maud Bregeon a elle aussi estimé qu’il y avait « un problème de violences endémiques » . Le dispositif de sécurité déployé a été « absolument colossal » mais insuffisant et « ça doit nous interroger sur l’origine de cette violence » . « On a un problème endémique en France de violences qui se répètent, on a problème d’éducation, on a un problème culturel. Ça va au-delà de la seule question du dispositif de maintien de l’ordre » , a-t-elle ajouté.
La porte-parole du gouvernement a pointé une « responsabilité collective » qui « touche au politique » mais relève aussi de la « responsabilité parentale » . « On a un problème avec l’éducation d’une partie de nos enfants en France et on a un problème avec une partie l’éducation d’une partie de nos fils » , a-t-elle jugé, tout en soulignant que cela « n’exonère pas l’état de mettre en place les dispositifs suffisants. »
Dans ce sillage, la ministre des Sports Marina Ferrari a elle aussi jugé que les installations diverses évoqués pour permettre les rassemblements, comme les fans zones, n’étaient pas de nature à « régler dans l’absolu tous les débordements », balayant ainsi les critiques des mélenchonistes. « ll y a une façon systématique de la part de LFI de justifier tous les types de violences (...), ça dit quelque chose de leur rapport à l’institution policière, à l’autorité et à ceux qu’ils décrivent eux-mêmes comme “la nouvelle France” » , a aussi répliqué Maud Bregeon.
Signe de la sensibilité du sujet, le président de la République s’est lui aussi rapidement exprimé. En recevant les joueurs à l’Élysée, Emmanuel Macron a jugé « inqualifiables » les violences « à Paris et dans d’autres villes ». « Ça, c’est pas le foot, ça c’est pas le sport, c’est pas ce qu’on aime. Donc merci à nos policiers, à nos gendarmes. On sera intraitable avec ceux qui ont été attrapés. On ne veut plus voir ça. Fini. On en a ras-le- bol » , a-t-il déclaré. En défense, et en impuissance ?
