Dans les établissements scolaires, le pic de chaleur de ce jeudi est vécu différemment selon l’état du bâti. Entre les 53 degrés relevés à l’école de Soustons et les 23 degrés de celle de Pessac, il y a un monde. Et malgré ces conditions extrêmes, des lycéens bordelais motivés en ce premier jour de passage du Bac Pro
C e jeudi matin, au lycée professionnel Tregey à Bordeaux, malgré la solennité de ce premier jour de Bac pro et contrairement à son habitude, le proviseur adjoint Bernard Mickaël a laissé la veste au vestiaire. Il a des circonstances atténuantes : ce vieil établissement a été construit avant le principe de l’isolation thermique. Pas de double vitrage, des baies exposées en plein soleil, le lycée est à l’image du bâti scolaire français moyen : dépassé.
Pour autant, malgré les conditions caniculaires , à 7 h 45, les candidats sont sereins, souriants et prêts à en découdre avec l’épreuve de français de trois heures. La veille, après avoir relevé plus de 32 degrés dans les salles de cours, la proviseure Florence Meyer leur avait envoyé un message via Pronote, les invitant à prévoir un brumisateur et une gourde fraîche (sans oublier la convocation et le passeport). Alors, à chacun son astuce : un éventail pour Erine, un rafraîchisseur portable pour Souane, et même, pour Liou, un tour de cou double ventilateur ramené du souk de Marrakech.
Au-delà des gadgets, et de la tolérance vestimentaire, le personnel scolaire est sur le pied de guerre. « Nous avons aéré les locaux toute la nuit et fermé les volets des salles d’examen à 6 heures ce matin », poursuit la cheffe d’établissement. Car oui, chance, le lycée est équipé de volets. Pascal, employé par la Région, a distribué des bouteilles d’eau et placé des verres sur le bureau de chaque examinateur, à disposition des élèves. À partir de 9 heures, il a prévu des tournées de pichets glacés en direct de la chambre froide.
Dans son bureau, l’infirmière du lycée est sur le qui-vive, avec un œil tout particulier en direction de la petite salle réservée aux candidats dits « à besoins particuliers », plus vulnérables en termes de santé. En plus, en tant que centre d’examen, le lycée accueille aussi les examens du CAP petite enfance. Aujourd’hui, il va faire chaud, très chaud, et l’établissement est plein.
« Depuis les derniers étés, nous savons nous adapter », tempère la proviseure. Elle note cependant que « ces épisodes de canicule sont de plus en plus intenses, et précoces. » À 8 heures, si le rez-de-chaussée reste encore préservé, le thermomètre commence à s’affoler à l’étage, tandis que le pire est attendu pour l’après-midi et l’épreuve d’histoire-géographie. Mais l’équipe fait preuve de philosophie : l’été prochain, l’établissement fera l’objet d’une réhabilitation et d’une mise aux normes avec isolation thermique et installation de double vitrage. Au total, 4 millions d’euros de travaux. Ce ne sera pas du luxe.
Autre salle, autre ambiance, à Pessac (33), 10 heures. Sur le trottoir du groupe scolaire Georges Leygues, planté en plein quartier prioritaire de la ville, au pied des tours d’habitation, la chaleur est intenable. Mais à l’intérieur… 23,5 °C dans le dortoir des maternelles ! Le miracle tient à deux chiffres : 19 millions d’euros de travaux et deux ans de chantier. C’est ce qu’il a fallu pour rénover et agrandir cette école, devenue exemplaire en matière de confort thermique et de développement durable, labellisée énergie positive et réduction carbone. Ici, pas de climatisation, mais le recours à la géothermie, aux puits canadiens, aux panneaux photovoltaïques, toits-terrasses végétalisés, éclairages LED, matériaux bio sourcés. L’école dispose même d’une petite forêt ombragée, au bout de la cour de récréation.
Un équipement coûteux, mais « envisagé comme un investissement rentable sur le long terme », commente le maire de Pessac, Franck Raynal. Et si la maintenance du système n’est pas à négliger, elle est compensée par les économies d’énergie. Et surtout, par la fierté d’avoir mis à disposition des élèves et des personnels d’éducation une école à la pointe du confort et de la technologie. « Un argument d’attractivité pour les collègues », atteste Fanny Marbach, directrice de la maternelle.
Difficile de ne pas en convenir, alors que la Ville de Soustons, dans les Landes, a été contrainte de fermer son école , après avoir relevé la température aberrante de 53 degrés en début de semaine…
Ce jeudi, au pic de cet épisode de chaleur précoce, le ministère de l’Éducation nationale a fait savoir qu’une cartographie des établissements les plus exposés allait être lancée dans le cadre du « plan ministériel de gestion des vagues de chaleur ». Il était temps : d’après le syndicat du second degré Snes Fsu, au vu d’un sondage flash réalisé auprès de 623 collèges et lycées, le thermomètre a dépassé les 30 degrés dans plus de 77 % des établissements.
