S i l’on considère que le prochain 1 er -Mai ne revient pas avant dix mois et demi, y a-t-il vraiment urgence en ce moment à faire passer un texte de loi visant à élargir le travail le 1 er -Mai ? Alors que l’affaire Lyhanna dévoile l’ampleur des manquements de la justice dans la protection des mineurs, que le projet de loi de finances pour 2027 annonce déjà des coupes sombres...
S i l’on considère que le prochain 1 er -Mai ne revient pas avant dix mois et demi, y a-t-il vraiment urgence en ce moment à faire passer un texte de loi visant à élargir le travail le 1 er -Mai ? Alors que l’affaire Lyhanna dévoile l’ampleur des manquements de la justice dans la protection des mineurs, que le projet de loi de finances pour 2027 annonce déjà des coupes sombres dans de nombreux budgets, s’obstiner à vouloir faire passer un projet qui avait largement crispé les débats il y a six semaines relève de l’obstination, pour ne pas dire de l’acharnement, de la part du gouvernement.
Mardi, le Sénat a adopté à une large majorité (229 voix pour, 110 contre) ce texte de quelques lignes qui prévoit que les boulangers-pâtissiers et les fleuristes pourront faire travailler leurs salariés « volontaires » le 1 er -Mai en les payant double, sous réserve d’un accord de branche. Une simple « clarification », démine le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou. Le Code du travail prévoit en effet la possibilité pour les établissements qui ne peuvent pas interrompre leurs activités de faire travailler leurs salariés en les payant double, mais sans préciser les métiers concernés, ce qui ouvre la voie aux interprétations.
Pour la gauche, qui s’oppose fermement au projet de loi, comme pour les syndicats, ce projet de loi est une « brèche dans le droit du travail », porteur d’une « remise en cause d’une conquête sociale historique ». Car le 1 er -Mai n’est pas un jour férié comme les autres. C’est la seule journée du calendrier obligatoirement fériée et chômée, intégralement payée par l’employeur. Un symbole des luttes qui ont émaillé l’histoire des conquêtes sociales. Le 1 er -Mai est issu du mouvement des ouvriers de Chicago, qui ont déclenché une grève générale le 1 er mai 1886 pour réclamer la journée de huit heures. Il rend hommage aux travailleurs de Fourmies, dans le Nord, tués par l’armée française le 1 er mai 1891 au cours d’une manifestation. Pas question pour les syndicats, donc, de « banaliser cette journée et d’en faire une journée commerciale, un jour comme un autre », prévient le secrétaire général de la CFDT-Agri-Agro.
Les débats sur le texte s’annoncent déjà autrement plus musclés lorsqu’il arrivera devant l’Assemblée nationale, à partir du mois de septembre. Quel intérêt pour le gouvernement de s’entêter à vouloir faire passer en force un texte aussi peu consistant dans les faits mais aussi marqué idéologiquement ? Sauf à vouloir réaffirmer sa volonté d’assouplir un droit du travail jugé trop strict, ou tout simplement jeter de l’huile sur le feu.
