En contresens. Plusieurs adversaires de Raphaël Glucksmann utilisent un extrait de ses confidences dans la série de France 2 Succession pour essayer de décrédibiliser sa parole sur l’enjeu des retraites, un des thèmes majeurs de la campagne présidentielle à venir .
La séquence, d’une trentaine de secondes, a été initialement publiée sur les réseaux sociaux par le compte « L’Insoumission », lié à La France insoumise, avant d’être repris par plusieurs cadres du mouvement, et d’ailleurs. C’est ainsi que Clémence Guetté assure que le fondateur de Place Publique, presque candidat pour 2027, « avoue préparer une réforme des retraites » en s’appuyant sur une phrase qu’il aurait prononcée dans le documentaire. À savoir : « Si je vous avais dit toute la vérité [sur les retraites] j’aurais flingué ma campagne. »
Une accusation en insincérité reprise par plusieurs membres de la macronie, dont le député Guillaume Kasbarian . « Depuis trop longtemps, des politiques de tous bords mentent aux Français par électoralisme », cingle l’élu connu pour ses propositions libérales et son adoration de la tronçonneuse de l’Argentin Javier Milei, en profitant de l’extrait pour glisser sa vérité : « Notre système n’est plus tenable. Il est temps de le changer ! »
Problème : Raphaël Glucksmann n’a pas exactement prononcé la phrase qui lui est imputée, ce qui en change profondément le sens. En écoutant l’extrait dans la longueur ( tiré d’un documentaire diffusé le dimanche 14 juin ), il apparaît clair que l’eurodéputé Place Publique parle au présent, et non au conditionnel comme s’il avouait dissimuler son programme.
Le passage de l’essayiste intervient après un échange de Gabriel Attal avec des retraités au cours duquel l’ancien Premier ministre évoque la fracture générationnelle et le fait que les séniors ont en moyenne un niveau de vie plus élevé que les actifs. Filmé depuis sa voiture, Raphaël Glucksmann embraye : « Aujourd’hui, on est dans une France ou, en réalité, les retraités ont plus de pouvoir d’achat que les actifs. C’est la première fois que ça arrive, et donc il va falloir faire des choix. »
Relancé sur sa capacité à demander des « efforts » à la population, l’eurodéputé poursuit : « Je suis capable de demander aux Français qui ont le plus de faire des efforts pour les Français qui ont le moins. Et donc ce sera un effort commun au service de l’avenir de notre jeunesse. Je suis convaincu que si nous sacrifions notre jeunesse, nous sacrifions l’avenir de notre pays. »
C’est à ce moment-là, après ce développement sur l’effort différencié, et les générations, que l’eurodéputé conclut, dans un rire : « je vous aurai dit toute la vérité, j’ai flingué ma campagne déjà. » Sans jamais prononcer le « si », que ses adversaires lui prêtent – dans des publications particulièrement virales. « Il dit “je vous aurai dit la vérité" sans ”s“, dans le sens "je vous dis la vérité" » , assure aussi son entourage auprès du HuffPost .
Une version qui explique pourquoi Raphaël Glucksmann lance cette phrase, comme une plaisanterie, à l’un de ses proches assis à ses côtés (le nom de son interlocuteur est inaudible). Comme si celui-ci semblait désarçonner par la sortie de son champion et sa façon d’investir un thème particulièrement impopulaire dans le débat politique, où la question du décalage de niveau de vie entre les parents et leurs enfants reste tabou.
