Une menace prise très au sérieux. Le courant incel , contraction de involuntary celibate ( « célibataire involontaire » ), considéré comme la « forme la plus préoccupante du masculinisme » , présente une forte « potentialité terroriste », alerte la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), dans une note consultée par Radio France, qui publie ce vendredi 5 juin une vaste enquête sur cette mouvance .
Dans ce document confidentiel, les renseignements de français s’inquiètent aussi d’ « une fascination pour les tueurs de masse » chez cette frange la plus radicale des masculinistes. Les incels sont associés à certaines communautés en ligne où des hommes expriment de la frustration, leur haine envers les femmes, accusées d’être responsable de leur célibat.
Ce courant présente « beaucoup de points de convergence avec l’ultra droite » , souligne un responsable de la DGSI en charge de l’ultra-droite, répondant aux questions de la journaliste Laetitia Cherel, qui a mené l’enquête. Souhaitant conserver l’anonymat, cet agent des renseignements se dit préoccupé par le développement d’une menace terroriste associée à cette idéologie.
Sur les communautés incel en ligne, certains contenus « appellent à attaquer des femmes sur notre territoire pour affirmer une suprématie masculine », s’inquiète également Olivier Christen, le procureur national antiterroriste. Il estime que cette mouvance représente entre « 10 et 20 % de la menace terroriste d’ultra-droite » , la deuxième principale menace terroriste sur le territoire après le djihadisme.
La DGSI constate également une évolution des profils des incels, souvent plus jeunes et plus dangereux. Les services de renseignement français ont repéré plusieurs dizaines de mineurs radicalisés, la majorité âgés de 14-15 ans, qui font actuellement l’objet d’une « prise en charge par divers services de l’État » . Au sujet du rajeunissement des personnes radicalisées, le procureur national antiterroriste précise : « Aujourd’hui, en incluant la menace djihadiste, le pourcentage de mineurs dans la menace terroriste est de l’ordre de 20 % des personnes mises en examen chaque année. »
Les renseignements français font aussi part, dans la note, de leur difficulté à évaluer le risque de passage à l’acte : « c’est un phénomène numérique, qui touche des jeunes isolés, entretenant des relations ténues et principalement virtuelles. Il est donc, par nature, difficile à déceler ». Le responsable de la DGSI souhaitant garder l’anonymat estime que « le plus difficile », pour les services spécialisés, est « de faire la différence entre quelque chose qui est commun à toute idéologie d’ultra-droite (...) et celui qui a véritablement un projet mortifère et qui peut aller jusqu’à la tuerie. » Les experts du renseignement doivent donc scruter tous les « signaux faibles » , comme la rédaction d’un manifeste ou la consultation de vidéos d’exécutions.
