En Europe, « on perd chaque année 20 millions d’ oiseaux depuis 40 ans ». C’est le constat alarmant dressé par le président de la Ligue pour la protection des oiseaux ( LPO ), qui présente ce vendredi 5 juin le premier baromètre de l’avifaune sur une durée de 50 ans, de 1975 à 2025. Dans cet entretien sur France Inter , Allain Bougrain-Dubourg dénonce également le « sacrifice de la biodiversité ».
Le baromètre livre « un résultat en trompe-l’œil, parce qu’on a certes plus d’espèces - il y a 45 nouvelles espèces qu’on ne connaissait pas il y a 50 ans -, mais les populations d’oiseaux se sont effondrées », explique Allain Bougrain-Dubourg . Le passionné d’ornithologie déplore la disparition de « 800 millions d’oiseaux en quatre décennies ».
Les oiseaux ne sont pas tous égaux : tandis que les perruches à collier importées d’Asie et d’Afrique sont par exemple plus de « 10 000 » en Île-de-France, le nombre de passereaux est en chute libre. Les plus petits volatiles sont de fait ceux qui déclinent le plus rapidement, d’après ce baromètre réalisé grâce aux observations de 45 000 bénévoles et professionnels. Hirondelles, moineaux ou encore mésanges ont ainsi vu leur population réduite de 18 % en 25 ans.
L’association de défense de l’environnement constate toutefois que quelques espèces de gros oiseaux comme les cigognes blanches ou des rapaces, parfois proches de la disparition, ont pu prospérer grâce à des efforts de protection.
« L’oiseau est l’indicateur de l’état de la biodiversité. Quand ces oiseaux disparaissent, c’est tout le cortège du vivant, les mammifères, les insectes, qui s’estompe », déplore Allain Bougrain-Dubourg. Celui qui a été membre du Conseil économique, social et environnemental rappelle que les scientifiques connaissent les causes de leur déclin, lié « avant tout d’une agriculture intensive avec son cortège chimique ». « On perd 23 000 kilomètres de haies chaque année, or, c’est là que les oiseaux s’épanouissent. Il n’y a plus de mares, il n’y a plus de bosquets et donc ça affecte directement les oiseaux », ajoute le président de l’association.
Une étude publiée en 2023 par des chercheurs européens , sur la base d’une masse inédite de données, avait aussi conclu que l’intensification de l’agriculture était la principale cause d’un spectaculaire déclin des oiseaux en Europe. « Quand vous voyez la loi Duplomb , qui ajoute de l’industrie à l’agriculture, plus qu’il n’en existe actuellement, c’est le sacrifice de la biodiversité », s’indigne encore le directeur de la LPO.
« La loi d’urgence agricole , adoptée par l’Assemblée nationale le 2 juin dernier, s’apprête à faciliter la destruction définitive des zones humides, à libéraliser les tirs sur le loup » , regrette encore la LPO. Et l’association termine par une mise en garde : « Sous couvert de simplification, on démantèle progressivement ce qui a mis 50 ans à se construire » .
