Invité politique de "La Matinale" lundi 1er juin, le ministre Vincent Jeanbrun revient sur la victoire du PSG en finale de la Ligue des champions samedi soir, pour la deuxième année consécutive, et sur les violences urbaines qui ont marqué la soirée. "Il faut refaire du prosélytisme républicain dans nos quartiers", estime-t-il notamment.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Alix Bouilhaguet : On commence avec la victoire du PSG samedi soir, qui remporte pour la deuxième fois la Ligue des champions. Le PSG qui gagne, c'est bon pour le moral, bon pour la France ?
Vincent Jeanbrun : Ça fait énormément de bien au moral, et puis c'est une vraie fierté, je crois, au-delà des fans du PSG, pour tous les Français qui étaient fiers de cette victoire. Les deux étoiles, un back-to-back comme ça, c'est quand même assez extraordinaire. Oui, ça a été un vrai plaisir. Même si, on l'a vu, il y a eu des moments qui ont un peu gâché la fête.
Il y a eu cette victoire, mais aussi ces violences urbaines ; des interpellations, des blessés, des images de chaos, malgré 22 000 policiers et gendarmes mobilisés dans tout le pays. Est-ce qu'il faut s'habituer à ces scènes ? Est-ce qu'il y a une forme de fatalisme ?
Il ne faut certainement pas s'habituer à ces scènes, des violences qui sont très déconnectées du monde sportif. C'est vrai à la Fête de la Musique, c'est vrai aux fêtes d'Halloween, maintenant. On voit qu'il y a une partie de la société – heureusement encore une minorité, mais extrêmement violente et extrêmement présente – qui vient gâcher les moments de liesse parce qu'ils cherchent des moments de rassemblement pour avoir plein de spectateurs. Ils cherchent des moments où il y a les projecteurs braqués sur eux et surtout ils cherchent les affrontements avec les forces de l'ordre. Cette minorité ultra-violente – d'ailleurs le mot "minorité" est bien utilisé puisque souvent ce sont des très, très jeunes, des mineurs – est un problème de société et moi, vraiment, je veux féliciter les policiers qui, avec beaucoup de sang-froid et au péril de leur vie et de leur intégrité physique – vous l'avez dit, il y a eu des blessés – ont réussi à contenir ces émeutes. Qu'est-ce que ça aurait été s'il n'y avait pas eu cette mobilisation policière ?
Est-ce qu'il y a une spécificité parisienne ? Parce qu'on a vu ce qu'il s'est passé à Paris. En revanche, rien à Lens après la victoire du RC Lens en Coupe de France. Rien à Bordeaux après la victoire des Girondins en rugby, cette fois-ci pour le titre européen. Est-ce que c'est spécifique à l'Île-de-France ?
Je veux faire très attention à ne pas stigmatiser les habitants de nos quartiers, parce que vous avez cinq à six millions de Français qui cherchent à vivre honnêtement dans ces quartiers populaires. Mais on le sait aussi, bien souvent, ce sont dans ces quartiers que sont installés notamment les narcotrafiquants, qui gangrènent nos quartiers et qui installent une culture du gang, une culture de l'hyperviolence. Et c'est évidemment un terreau plus favorable pour qu'il y ait une partie de cette jeunesse de France qui s'habitue à cette violence, qui s'habitue à être les ennemis des forces de l'ordre et qui vont avec enthousiasme affronter les forces de l'ordre et casser dans Paris. Donc, bien sûr qu'on a un sujet.
Il y a quand même une forme d'impuissance publique ? Quand on entend Emmanuel Macron dire qu'il sera intraitable, qu'il ne veut plus voir ça, que c'est fini, "on en a ras le bol, terminé" , ce sont ses mots. Mais, on fait comment ? On a l'impression que ces paroles du président de la République, c'est quand même une forme de preuve d'impuissance publique…
Dans notre système démocratique, toute modification intense, elle passe par la loi. Alors, vous l'avez vu, l'Assemblée nationale est très divisée, il n'y a pas de majorité très claire aujourd'hui. Or, quand on a des lois efficaces, on a des résultats. Je pense à la loi narcotrafic qui a été portée par Gérald Darmanin, par exemple. Elle est récente, mais elle permet d'obtenir des résultats. Actuellement, Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, porte un projet de loi dit "riposte", dans lequel, par exemple, on va être beaucoup plus réactif et beaucoup plus dur par rapport aux mortiers d'artifice. Parce qu'on l'a vu, beaucoup de nos policiers sont attaqués directement par des mortiers, comme à l'occasion des émeutes de 2023. Donc, on arrive, en changeant les lois, à être plus efficace.
Donc, il faut une réponse pénale plus forte pour les casseurs ?
Je suis absolument convaincu qu'il faut une réponse pénale beaucoup, beaucoup plus forte. Et il faut de l'exemplarité. Il faut deux choses : immédiateté de la peine, certitude de la peine. C'est le meilleur moyen de faire la pédagogie. Et, plus largement, lutter contre les narcotrafiquants et replanter le drapeau de la République dans les quartiers, et moi, j'assume le mot, il faut refaire du prosélytisme républicain dans nos quartiers, faire en sorte qu'un enfant qui grandit sur le territoire français, que ce soit dans la ruralité ou au cœur des quartiers populaires, se sente appartenir au destin national.
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