Des vélos incendiés après la victoire du PSG, ce samedi 30 mai 2026 à Paris. - KENZO TRIBOUILLARD / AFP
Une victoire du PSG , des débordements, parfois dans la violence et l'Élysée dans le viseur. Le président du Rassemblement national Jordan Bardella n'a pas fait semblant ce lundi matin sur BFMTV en dénonçant des scènes de "quasi-guerre civile" menée par des "prédateurs" qui "rentreront demain" dans les "appartements" des Français. "Le premier moyen de rétablir la sécurité en France, c'est d'arrêter l'immigration", a encore ajouté le numéro un du parti à la flamme.
Et si ce n'était pas assez clair, celui qui pourrait représenter le RN en 2027, si Marine Le Pen était condamnée en seconde instance par la justice le 7 juillet prochain, a tonné que "la question de la sécurité, elle sera évidemment au cœur de la campagne présidentielle".
Dans les rangs du gouvernement, on reste pour l'instant droit dans ses bottes. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a annoncé ce lundi sur France inter qu'il y avait eu samedi et dimanche en France "plus de 890 interpellations, en hausse de plus de 45%" par rapport à la finale de la Ligue des champions de 2025, déjà marquée par une explosion de violence. À l'époque, l'épisode avait là-aussi suscité une vive polémique.
Quelques heures après le sacre du club parisien, des abribus explosés , des poubelles et des véhicules incendiés à Paris comme dans d'autres villes à l'instar de Clermont-Ferrand, Toulouse ou Strasbourg, montraient les traces d'échauffourés.
219 personnes ont été blessées tout comme 57 policiers et gendarmes. Une personne est morte dans un accident de la circulation, en marge des célébrations. Faut-il y voir comme le dit Jordan Bardella "un pays où la vie et la fête sont devenues totalement impossibles" sans débordements? Non, répond le ministre de l'Intérieur.
Au milieu de ces deux camps, on trouve une partie de la gauche à l'instar du maire de Paris Emmanuel Grégoire. "Dans l’immense majorité des cas, les gens ont vécu la finale en famille, avec des amis. Et c’était une fête extraordinaire", a jugé l'édile sur BFM ce dimanche. "Et des incidents en marge des grands événements, ça fait des siècles que ça existe".
Difficile de lui donner tort. Ces dernières décennies, de nombreuses victoires au football ont donné lieu à des scènes de violence . En 2018 par exemple, après la victoire de la France en Coupe du monde, le Publicis Drugstore, une boutique-restaurant en haut des Champs-Élysées avait été pillée par une trentaine de personnes et plus d'une quarantaine de policiers avaient alors été blessés.
Le même soir, un homme s'était tué au volant de son véhicule dans l'Oise en fonçant dans un platane en fêtant la victoire de l'équipe française. Un autre était mort après avoir plongé dans un canal à Annecy, se rompant la nuque. Un individu à moto avait également percuté trois enfants en Meurthe-et-Moselle.
Autre épisode en juillet 1998 . Si la liesse populaire s'empare ce soir-là de l'Hexagone pour sa première victoire en Coupe du Monde, la fête avait déjà largement endeuillée. Deux voitures avaient en effet percuté la foule avenue des Champs-Élysées, l'une conduite par un homme en état d'ébriété et l'autre par une femme effrayée au milieu de la nuée de supporters . Un homme avait été tué et plus de 140 personnes avaient été blessées.
Bref, la question des violences à l'issue des compétitions sportives n'a rien de nouvelle. Le sujet peut-il vraiment faire basculer la campagne? En macronie, on en doute.
Face à la récurrence des débordements et violences lors de rendez-vous festifs, que cela soit des événements sportifs ou la Fête de la musique comme en juin dernier, la gauche préfère, elle, s'interroger sur les dispositifs mis en place. Installer des fanzones? Interdire les Champs-Élysées?
Plaidant pour des fan-zones, le député très proche de Jean-Luc Mélenchon a estimé qu'on "devrait essayer d'organiser cette fête, de l'encadrer, de lui proposer des lieux pour qu'elle puisse s'exprimer, pour éviter précisément ce type de débordements".
Surtout, la députée insoumise Clémence Guetté et Jordan Bardella ont directement croisé le fer. La parlementaire LFI a accusé dimanche les forces de l'ordre d'avoir "chargé des gens qui ne commettaient aucun débordement". "Ils ont tiré des grenades sur des familles, sur des jeunes gens, simplement parce qu'ils étaient rassemblés", a-t-elle affirmé sur X.
Réponse sans détour de Jordan Bardella, regrettant "un soutien inconditionnel à ceux qui détruisent le bien d'autrui, à ceux qui bafouent nos lois et salissent nos fêtes populaires". De quoi se voir profiler une campagne présidentielle où le RN pourrait concenter ses attaques sur Jean-Luc Mélenchon qui a officialisé sa quatrième candidature à la présidentielle le 3 mai dernier.
À gauche, on a plus largement choisi de ne pas aller trop loin sur le terrain de la dénonciation des violences. "La France vit sous tension, on le voit partout, on est une cocotte-minute prête à exploser", a ainsi déploré le presque-candidat à la présidentielle Raphaël Glucksmann (Place publique) sur RTL ce dimanche, sans guère aller plus loin.
En macronie, on plaide plutôt pour une analyse "sociale" de ces épisodes de violences. "La question qui se pose maintenant, c'est l'origine de cette violence. Et de toute évidence, ce n'est pas juste une histoire de nombre de forces de l'ordre déployées", a résumé sur France info la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon.
Entre les lignes, la volonté du camp présidentiel est claire: vouloir élargir la question à des enjeux plus sociétaux. Ça tombe plutôt bien: en meeting à Paris quelques heures avant la finale entre le PSG et Arsenal, Gabriel Attal a fait de l'Éducation de "la mère de toutes les batailles", appelant à lutter "contre les déclinismes" et "les fatalités".
Le candidat pour 2027 peut également se targuer d'avoir mis les pieds dans le plat dès son discours de politique générale en janvier 2024. "Tu casses, tu répares. Tu salis, tu nettoies, tu défies l'autorité, on t'apprend à la respecter", avait lancé celui qui était alors Premier ministre à la tribune de l'Assemblée nationale.
Suffisant pour convaincre le RN, placé dans tous les sondages gagnant au second tour à l'exception d'un second tour face à Édouard Philippe ? Pas franchement. "Ni Gabriel Attal ni Édouard Philippe n'ont eu un seul mot sur les violences", a regretté Jordan Bardella ce lundi sur BFMTV.
Dans le parti à la flamme, le calcul est très clair: taper à tout cran sur le bilan des deux anciens Premiers ministres, comptables à leurs yeux des résultats de deux quinquennats d'Emmanuel Macron.
"Ils auraient tort de s'en priver mais charge à nous de ne pas tomber dans leur piège", tranche, par avance, un stratège macroniste.
