« Nous sommes tous terrifiés par ce dysfonctionnement. » C’est le garde des Sceaux lui-même, Gérald Darmanin, qui l’a déclaré, après la découverte, ce jeudi, dans le Gers, d’un corps, « porteur de vêtements similaires » à ceux de Lyhanna, collégienne de 11 ans...
« Nous sommes tous terrifiés par ce dysfonctionnement. » C’est le garde des Sceaux lui-même, Gérald Darmanin, qui l’a déclaré, après la découverte, ce jeudi, dans le Gers, d’un corps, « porteur de vêtements similaires » à ceux de Lyhanna, collégienne de 11 ans enlevée le 29 mai. Sébastien Lecornu a pour sa part annoncé qu’il réunirait ce vendredi, à ce sujet, les ministres de l’Intérieur et de la Justice.
La disparition de Lyhanna n’est plus un fait divers. Elle est devenue un choc politique, collectif, le révélateur dramatique de nos défaillances dans la protection de l’enfance. Un sentiment insupportable s’installe : le cauchemar que vit la famille de Lyhanna aurait pu être évité.
La France a découvert avec stupeur que le principal suspect était visé par trois procédures pour viols ou agressions sexuelles. Les deux premières ont été classées sans suite. La troisième plainte, pour viol, sur une enfant de 10 ans, a été déposée le 22 août 2025. Si la petite fille a été entendue cinq jours après, le suspect, lui, n’a toujours pas été auditionné.
Neuf mois sont passés. Comment expliquer un tel délai ? Le gouvernement a ordonné une enquête administrative pour y répondre. De premières lacunes ont été mises en lumière par les éléments communiqués ces derniers jours. Lenteur des procédures, laborieuse transmission d’informations entre institutions, plaignants très peu informés du suivi de l’enquête… Beaucoup d’entre nous ont découvert que le transfert de dossiers sensibles entre parquets continue de se faire par voie postale, et non pas par voie numérique.
Ces dysfonctionnements stupéfient de nombreux citoyens. Pas les associations de lutte contre les violences faites aux mineurs, qui déplorent que ces dossiers ne soient pas toujours traités de manière prioritaire, et que la parole des enfants reste trop peu entendue. Les magistrats rappellent, eux, le manque criant de moyens avec lequel ils doivent se débattre quotidiennement. Enquêter auprès de l’entourage, sonder le passé d’un suspect, son activité numérique, perquisitionner son domicile… Les actes d’investigation, nécessaires pour caractériser les infractions, demandent du temps et des moyens humains.
La douleur que suscite la disparition de Lyhanna impose des réponses fortes, et d’éviter deux écueils : la mise en cause aveugle de l’institution judiciaire, alors qu’il faut au contraire la rendre plus forte, ou le déni des défaillances, qui serait, au vu des conséquences, criminel.
