Les éditeurs de presse tentent des initiatives pour arrêter le pillage de leurs contenus par les IA génératives. Réunis à Marseille au Wan Ifra, ils ont tenté de faire front alors qu’une loi renforçant la réglementation sur le sujet est bloquée à l’Assemblée.
Plus forts ensemble ? Au 77 e Congrès mondial des médias Wan-Ifra à Marseille qui s’est tenu début juin, il n’a été question que d’intelligence artificielle parmi les 1 200 participants. Le directeur de la publication du New York Times , Arthur Sulzberger, a ainsi prononcé un réquisitoire implacable contre le pillage par les IA génératives des contenus de presse. Son groupe n’a toutefois pas encore rejoint l’initiative Spur, impulsée par des médias britanniques (BBC, Financial Times, Guardian Media Group, Sky News, Telegraph Media Group) pour établir des standards techniques visant à encadrer l’utilisation des contenus de presse par les IA. CMA Média (BFMTV et RMC notamment) et Sipa Ouest-France ont annoncé leur ralliement, ainsi que des médias canadiens, finlandais, belges ou suédois.
Définir des standards peut paraître technique, mais permettra à terme d’ouvrir une partie de la boîte noire des IA afin de savoir de manière fiable quel contenu est proposé en réponse à un prompt. Pourquoi si peu de médias français ont rejoint à date cette initiative, au contraire des médias anglo-saxons ? « Il y a un manque de maturité collective sur ces sujets en France », déplore un bon connaisseur du dossier, relevant qu’à Marseille, beaucoup d’éditeurs français découvraient seulement une multitude d’aspects techniques du sujet.
Grand absent du congrès, le fondateur de Mistral AI, Arthur Mensch , s’était fait porter pâle au dernier moment. L’entrepreneur savait qu’il aurait été chahuté par les éditeurs, alors qu’à l’Assemblée nationale, la proposition de loi de la sénatrice Laure Darcos (LIRT) aurait pu être présentée lors de la niche communiste du 11 juin. Le texte inverserait la charge de la preuve en instaurant une « présomption d’utilisation » des contenus de presse, obligeant les sociétés d’IA à prouver qu’elles ne les ont pas utilisés. Las, le barrage de la centaine d’amendements, déposés par des députés macronistes, a empêché toute possibilité d’avancer rapidement sur le sujet, malgré le consensus transpartisan qui s’était dégagé auparavant au Sénat.
Si l’Agence France Presse (AFP) et Associated Press (AP) ont passé un accord avec Mistral AI, elles se posent tout de même la question de rejoindre Spur. « Il est urgent qu’il y ait une réaction , s’insurge le député Erwan Balanant (MoDem). L’IA ne doit pas créer un Far West cybernétique. Leur puissance algorithmique et leur mainmise sur les réseaux n’existeraient pas sans les éditeurs et créateurs de contenus. » Les éditeurs de presse estiment que si rien ne bouge dans les deux prochaines années, la bataille sera définitivement perdue. Ils seront totalement désintermédiés dans l’accès à l’information, qui se fera via les IA génératives.
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