Jeudi 11 juin, Sébastien Chenu était l'invité des "4V" sur France 2. Le vice-président du RN s'est montré très inquiet quant à l'état de l'institution judiciaire française après l'affaire Lyhanna, et estime que le déni du gouvernement sur des sujets tels que la criminalité, la pédocriminalité ou le déni sur les violences, en est en partie responsable.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Gilles Bornstein : Dans l'affaire Lyhanna , est-ce que vous réclamez à ce que le Rassemblement national réclame la démission de Gérald Darmanin, comme Olivier Faure hier par exemple ?
Sébastien Chenu : On n'en est plus là. Gérald Darmanin, lui-même, est quelque part dans la tête des Français, démissionné d'office. Sa parole n'a plus aucune crédibilité. Il avait déjà démontré en mentant sur les supporters du foot, etc., combien sa parole pouvait être remise en cause. Mais là, ce à quoi on assiste, et c'est là où c'est grave, et c'est là où la personne de Gérald Darmanin est complètement dépassée, c'est à l'effondrement de l'institution judiciaire. Et lorsque j'entends hier le président de la République dire : "On ne répond pas à un drame avec des cris", je pense qu'il passe à côté de ce que les Français ressentent. Des cris de détresse, des cris d'horreur face à une situation qui est un drame, d'abord pour la victime et sa famille, qui est un drame pour notre pays, mais qui souligne effectivement le fait que l'institution judiciaire est en train de s'écrouler sous nos yeux. Elle s'écroule par des erreurs individuelles ou elle s'écroule faute de moyens ?
Les deux. Elle s'écroule d'abord par le déni. Pendant des années, et peut-être encore plus durant ces dix années de gouvernements Macron, on a été dans le déni. Qui a vu ses moyens augmenter.
Oui, mais on a été dans le déni, comme quoi ce ne sont pas les moyens simplement qui résolvent les choses. Le déni sur la criminalité. Souvenons-nous d'ailleurs d'Éric Dupond-Moretti, qui nous parlait de sentiments d'insécurité. Le déni sur la pédocriminalité, le déni sur les violences, le déni sur ce que doit être la prison. La prison doit être privative de liberté pour mettre la société à l'abri de gens dangereux. Le gouvernement a fait preuve de déni sur la pédocriminalité ?
Oui, et pas uniquement le gouvernement. On pourrait penser qu'il y a des affaires dans notre pays, je pense à celles de la mairie de Paris, pour lesquelles on a détourné le regard. Ils ont détourné le regard. Et je pense qu'effectivement, il y a ce déni qui, de fait, a pour conséquence de priver la justice de moyens. On a le sentiment aussi d'une institution dans laquelle personne n'est jamais responsable de rien. Vous ne trouvez personne pour assumer. Monsieur Darmanin n'assume pas. Vous ne trouvez pas de magistrats qui peuvent assumer puisque, de toute façon, les magistrats ne sont pas sanctionnés ou sanctionnables réellement. Justement, Gérald Darmanin va vraisemblablement réclamer des sanctions.
J'ai vu que la procureure d'Auch avait été promue. Juste avant que cette affaire épouvantable ne sorte, elle a été promue. Au bout d'un moment, personne n'est responsable. Ces gouvernements sont dans le déni. Il n'y a pas de moyens. L'institution est verrouillée de toutes parts. Elle est parfois aussi très fortement idéologisée. On fait beaucoup sur la réinsertion et très peu sur le fait que la prison doive protéger la société. Le gouvernement, justement, propose un certain nombre de mesures, dont la perpétuité pour les auteurs de violences sexuelles ce n'était pas le cas avant. L'imprescriptibilité de ces crimes-là, est-ce que ça va dans le bon sens ?
Mais l'imprescriptibilité, ça ne sert à rien. Ça n'aura aucune conséquence. Vous savez parfaitement que dans ce genre d'affaires, au-delà de trente ans, c'est très difficile de prouver les choses. Ce qu'il faut, c'est d'abord une volonté politique, sortir du déni, des moyens et ouvrir également le recrutement de la magistrature à des gens beaucoup plus différents, des gens qui peuvent être avocats, multiplier les passerelles, de façon à avoir d'abord plus de magistrats. C'est déjà le cas.
On est très très loin de la capacité à ouvrir ce qu'on appelle au tour extérieur, la profession de magistrat. Et évidemment, on en est loin. Il faut des peines planchers. Mais ça fait dix ans qu'ils sont aux affaires, M. Bernstein. Ça fait dix ans. À quel moment n'ont-ils pas pris conscience de la nécessité de sauver la justice de sa clochardisation ? Votre collègue du parti d'Éric Ciotti et député du Gard, Alexandre Allegret-Pilot, réclame le rétablissement de la peine de mort pour les meurtriers d'enfants. Vous aussi ?
Non, moi, je suis abolitionniste. Je l'ai toujours été et au Rassemblement national, ce n'est pas dans notre programme. Mais j'entends. Derrière ça, il y a une émotion. Et à cette émotion, il y a effectivement des gens qui répondent par cela. Je ne crois pas que ça résolve le problème de fond. Mais je peux l'entendre. Le RN ne le proposera pas lors de l'élection présidentielle ?
Non, ça ne fait pas partie de notre programme. Ça fait très longtemps. Vous serez tout à l'heure en séminaire présidentiel. Ce sera où ?
Ce sera là où on choisit de travailler. Là où le Rassemblement national choisit de travailler, ça n'a pas beaucoup d'importance. Pourquoi ce mystère, ce n'est pas une société secrète, le RN ?
Non, pas du tout, mais simplement, vous savez, je pense que lorsque le Rassemblement national travaille, il n'attend pas un séminaire pour travailler. Nous travaillons à l'Assemblée, nous travaillons dans nos fédérations, nous travaillons au siège.
Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.
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