À première vue, le concept peut paraître abscons. « One Health » ( « Une santé » ) est pourtant en vogue depuis des décennies dans le milieu scientifique et, désormais, en politique. De nombreux responsables n’hésitent plus à s’approprier ce terme venu d’outre-Manche, la dernière en date étant Marine Tondelier qui, ce samedi 30 mai, a présenté un paquet de mesures visant à protéger la santé humaine au travers de mesures pour l’environnement.
La patronne des Écologistes considère que cet aspect de la santé « doit constituer un droit fondamental du XXIe siècle » . Face à la multiplication des maladies liées à la malbouffe, à la pollution de l’air ou aux substances présentes dans les produits du quotidien, Marine Tondelier défend une approche qui rend indissociable la santé humaine, animale et environnementale. Ses propositions concernent donc aussi bien la santé, l’éducation, l’agriculture ou le travail que la condition animale.
Pour la cheffe de fil des écologistes, la santé comprise dans son acception la plus large doit être vue comme « une sécurité à 360 ° » , qui inclut notamment la « capacité à vivre dans un environnement qui ne vous rend pas malades » . Selon elle, il est donc nécessaire de « faire de l’espérance de vie en bonne santé le nouveau référentiel de l’action publique » . Concrètement, elle propose par exemple d’interdire les aliments ultratransformés dans les cantines scolaires ou la sortie progressive des pesticides d’ici 2050.
Cette approche n’a rien de nouveau puisque l’exécutif lui-même s’en réclame, du fait notamment de l’ex-ministre Agnès Pannier-Runacher. Début avril, Emmanuel Macron a par exemple convoqué un One Health Summit à Lyon, conviant des chefs d’État et de gouvernement du monde entier à réfléchir à cette notion transverse et à avancer sur des mesures concrètes. Le locataire de l’Élysée en avait profité pour annoncer le lancement, par la France, d’un observatoire mondial « One Health » des microbiomes visant « à mieux comprendre le rôle des microbiomes dans la santé globale, au-delà de la seule santé humaine ».
« Alors même que les défis posés par la santé mondiale imposent plus que jamais la coordination et la coopération, nous avons une situation internationale qui vient fracturer ceci » , avait souligné le chef de l’État à l’ouverture du sommet, insistant sur les obstacles empêchant « une science libre, ouverte et indépendante » de travailler dans de bonnes conditions. On sait qu’aux États-Unis, Donald Trump est un adversaire acharné de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Entre autres.
De plus en plus de pays cherchent à avancer avec cette idée d’interdépendance des sujets liés à la santé. « C’est notre meilleur atout pour réduire les risques avant qu’ils ne se transforment en crises » , a par exemple défendu le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, quand le président du Ghana John Dramani Mahama affirmait que « la survie humaine, le bien-être animal, la santé des plantes et la protection de l’environnement forment un système unique et interconnecté » .
En plein essor dans le milieu politique depuis la pandémie de 2020, le concept de « One Health » est utilisé depuis bien plus longtemps par les scientifiques. Le Covid-19 , qui est une zoonose, c’est-à-dire une maladie qui se transmet des animaux aux humains, a accéléré la prise de conscience sur la nécessité de lier santé des écosystèmes, humaine et animale. Aujourd’hui, 75 % des infections humaines émergentes (maladie de Lyme, hantavirus, Ebola…) sont des zoonoses. Et le dérèglement climatique ne fait qu’aggraver les choses.
Pour les chercheurs, l’objectif est de rappeler aux gouvernements (mais aussi aux populations) que la place faite aux animaux, leurs conditions de vie, leur exposition ou non aux plastiques influent sur la vie des humains eux-mêmes. Depuis la fin de la crise du Covid, le concept de « One Health » n’est plus l’apanage des seuls scientifiques, s’est vu accorder une place dans le débat politique.
Le 19 mai, à l’Assemblée nationale, lors de l’examen du projet de loi d’urgence agricole , la députée Renaissance Nicole Le Peih a tenté de supprimer toute mention au « One Health » dans le texte, considérant qu’il s’agit « d’une expression anglaise non traduite ni définie » et que cela « est de nature à nuire à la clarté et à l’intelligibilité de la loi » .
La députée de La France insoumise Murielle Lepvraud, favorable au concept, lui a répondu. « Supprimer la mention à One Health , c’est-à-dire nier le lien entre santé humaine, animale et environnementale, sous prétexte que c’est une expression anglaise, relève d’une mauvaise foi assumée » , a-t-elle déclaré, reprochant à son adversaire de vouloir « supprimer les mots » plutôt que « d’agir sur les causes » . Le débat est ouvert.
