Exposé des motifs
M esdames , M essieurs ,
Chaque année, les noyades constituent l’une des premières causes de mortalité accidentelle chez les mineurs en France. Pourtant, une part importante de ces drames pourrait être évitée par une meilleure acquisition des compétences fondamentales de sécurité aquatique dès le plus jeune âge. Les chiffres récents publiés par Santé publique France illustrent l’ampleur préoccupante du phénomène : entre le 1 er juin et le 30 septembre 2025, 1 418 noyades ont été recensées sur le territoire national, dont 409 mortelles, soit une hausse de 14 % des noyades et de 16 % des décès par rapport à l’année précédente. Parmi ces victimes, 57 enfants et adolescents ont perdu la vie. Plus alarmant encore, 21 adolescents âgés de 13 à 17 ans sont décédés par noyade durant l’été 2025, soit un chiffre ayant doublé en seulement un an.
Ces drames surviennent fréquemment dans des contextes de baignades improvisées, notamment dans des zones naturelles non surveillées, favorisées par les épisodes de fortes chaleurs de plus en plus fréquents. Ils révèlent une réalité préoccupante : au‑delà de l’apprentissage classique de la natation, de nombreux jeunes ne disposent pas des réflexes élémentaires de sécurité aquatique, de la capacité à identifier les risques liés aux milieux naturels ou des comportements permettant de prévenir une situation de danger.
Cette situation met également en lumière une fracture territoriale persistante. Aujourd’hui encore, de nombreux enfants arrivent à l’entrée au collège sans disposer d’une réelle autonomie dans l’eau. Les inégalités d’accès aux infrastructures aquatiques, particulièrement marquées dans certains territoires ruraux ou insuffisamment équipés, limitent fortement l’effectivité des dispositifs existants. Dès lors, l’accès aux compétences fondamentales de sécurité aquatique dépend trop souvent du lieu d’habitation des enfants, créant une inégalité contraire à l’exigence d’égalité devant le service public de l’éducation.
Pourtant, les conséquences des noyades dépassent largement le cadre individuel ou familial. Elles constituent un enjeu majeur de santé publique et de prévention. Alors que les phénomènes climatiques extrêmes favorisent une fréquentation accrue des espaces de baignade, les politiques publiques de sensibilisation apparaissent insuffisamment structurées et peinent à installer une culture durable de prévention auprès des plus jeunes. Plusieurs initiatives associatives démontrent néanmoins qu’un apprentissage précoce des comportements de sécurité et des gestes essentiels permet de réduire significativement les risques.
Face à cette situation, la présente proposition de loi entend faire de l’acquisition des compétences fondamentales de sécurité aquatique un droit garanti pour chaque enfant avant l’entrée au collège, indépendamment de son origine sociale ou territoriale. Elle ne vise pas à imposer une simple pratique sportive supplémentaire, mais à instaurer une véritable politique nationale de prévention des noyades fondée sur l’apprentissage des comportements de sécurité en milieu aquatique.
Dans ce cadre, elle confie aux établissements d’enseignement du premier degré la responsabilité d’assurer un apprentissage progressif des compétences fondamentales de sécurité aquatique avant l’entrée dans l’enseignement secondaire. Ce choix permet de garantir une mise en œuvre effective du dispositif au plus près des élèves, dans le cadre du parcours obligatoire des enseignements.
Afin de tenir compte des réalités territoriales, le dispositif prévoit également des mesures d’adaptation pour les zones insuffisamment dotées en infrastructures aquatiques, notamment par la mutualisation des équipements, l’organisation de transports dédiés, le recours à des dispositifs mobiles ou la mise en œuvre de stages intensifs. Un fonds national d’accès à l’apprentissage de la sécurité aquatique est aussi institué afin de soutenir financièrement ces mesures et d’éviter que les contraintes géographiques ne deviennent un obstacle à l’effectivité de ce droit nouveau.
La réussite de cette politique publique repose également sur la présence de professionnels qualifiés en nombre suffisant sur l’ensemble du territoire. Or la profession de maître‑nageur sauveteur connaît des difficultés persistantes de recrutement, susceptibles de compromettre l’effectivité de l’apprentissage de la sécurité aquatique et de renforcer les disparités territoriales existantes. La présente proposition de loi reconnaît ainsi le rôle essentiel des maîtres‑nageurs sauveteurs dans la mise en œuvre des politiques de prévention des noyades et prévoit la définition d’une stratégie nationale destinée à assurer l’attractivité de la profession, le renouvellement des effectifs et leur répartition équilibrée sur l’ensemble du territoire.
Cette réforme prévoit également une évaluation des compétences avant l’entrée en sixième, assortie, lorsque cela est nécessaire, de dispositifs complémentaires gratuits permettant aux élèves n’ayant pas acquis les compétences minimales de bénéficier d’un accompagnement renforcé avant leur entrée au collège.
L’apprentissage de la natation ne peut se reposer exclusivement que le cadre scolaire. En ce sens, elle crée, dans un second article, un crédit d’impôt destiné à soutenir financièrement les dépenses engagées pour l’inscription d’un enfant mineur à des cours de natation ou à des dispositifs d’apprentissage de la sécurité aquatique.
Cette mesure vise à lever un frein économique encore trop présent pour de nombreuses familles et à favoriser un apprentissage complémentaire, notamment lorsque des besoins de renforcement ou de rattrapage apparaissent. Elle participe d’une logique de prévention partagée entre les pouvoirs publics, les établissements scolaires, les collectivités et les familles elles‑mêmes.
Enfin, afin de garantir un suivi durable de cette politique publique, le Gouvernement remettra régulièrement au Parlement un rapport évaluant les niveaux d’acquisition, les disparités territoriales, les moyens engagés et l’évolution des noyades impliquant des mineurs.
Prévenir les noyades infantiles ne relève pas uniquement de la politique sportive, il s’agit d’une exigence de protection de l’enfance, de santé publique et d’égalité territoriale. Alors que les noyades continuent de coûter chaque année des dizaines de vies parmi les plus jeunes, la présente proposition de loi fait de la sécurité aquatique une compétence fondamentale, au même titre que les autres apprentissages essentiels garantis par l’école de la République.
L’article 1 confie aux établissements d’enseignement du premier degré la mission d’assurer l’acquisition progressive des compétences fondamentales de sécurité aquatique avant l’entrée au collège. Il prévoit une évaluation des compétences acquises, institue des dispositifs complémentaires pour les élèves en difficulté, crée un fonds national destiné à soutenir l’accès aux infrastructures nécessaires et organise des mesures d’adaptation pour les territoires confrontés à des contraintes géographiques ou à une insuffisance d’équipements.
L’article 2 instaure un crédit d’impôt destiné à soutenir les dépenses engagées par les familles pour l’apprentissage de la natation et de la sécurité aquatique des mineurs.
L’article 3 reconnaît le rôle des maîtres‑nageurs sauveteurs dans la mise en œuvre des politiques de prévention des noyades et d’acquisition des compétences fondamentales de sécurité aquatique et prévoit l’élaboration d’une stratégie nationale destinée à garantir l’attractivité de la profession, le renouvellement des effectifs et une répartition équilibrée des maîtres‑nageurs sauveteurs sur l’ensemble du territoire.
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proposition de loi